GROUPE HUGO


 

SEANCE DU 26 septembre 1998

Présents  : Guy Rosa, David Charles, Arnaud Laster, Bernard Degout, Philippe Andrès, Jacques Seebacher, Florence Naugrette, Bernard Leuilliot, Stéphane Mahuet, Marguerite Delavalse, Denis Sellem, Franck Laurent, Bertrand Abraham, Josette Acher, Rouschka Haglund, Myriam Roman, Vincent Vallez, Corine Seror, Florence Codet, Sarah Jacquet, Jean-Pierre Vidal, Juliette Pennequin, Hélène Labbe, Stéphane Desvignes, Sylvie Vielledent.

Excusés : Pierre Laforgue, Jean-Marc Hovasse, Ludmila Charles-Wurtz, Delphine Gleizes, Anne Ubersfeld, Françoise Chenet -en raison de la santé de son mari, et dont nous partageons les inquiétudes.


 Informations

Nouveaux travaux universitaires

Marie Tapié reprend et poursuit, étendu aux dimensions d'une thèse, son travail sur les adaptations cinématographiques de Notre-Dame de Paris (Paris III, Philippe Hamon) ; Corinne Seror commence, également sous la direction de P. Hamon, une thèse sur la révolte dans les romans de Hugo ; Jean-Pierre Vidal continue la sienne sur l'épique (Paris VII, Guy Rosa), de même pour Hélène Labbe qui travaille sur le goût sous le Second Empire et Sylvie Vielledent sur la saison théâtrale de 1830. Revenu du service militaire (2 ans !) Stéphane Desvignes, qui avait consacré son DEA à " la poésie de l'inconnu chez Hugo", change d'orientation : sa thèse -co-dirigée par J. Delabroy et G Rosa à Lille III ou à Paris 7 selon l'humeur du Ministère dans l'affectation de postes d'AMN- aura pour objet " le second théâtre de Hugo " : celui de l'exil et d'après l'exil. Vincent Wallez travaille en maîtrise, avec A. Laster, sur les fragments dramatiques de Hugo ; Sarah Jacquet et Florence Codet, qui se connaissaient et ne savaient pas qu'elles se retrouveraient là ce matin, ont proposé à G. Rosa séparément, mais dans une convergence probablement voulue, là-haut, de travailler l'une sur l'avenir et l'autre sur l'utopie chez Hugo ; Juliette Pennequin s'attaque avec courage -car la question est vaste et inexplorée- aux positions et à l'action politique de Hugo pendant l'exil.
L'E-mail fait flotter les bouteilles à la mer et Barkilphedrosa les récupère : nous avons reçu d'Ankara le salut d'Olivier Decroix (toujours le service militaire...)


Publications (annonces, rappels et entrées à notre Bibliothèque)

. Au dernier numéro de Romantisme, " Le grand homme ", l'article de Franck Laurent sur V. Hugo (non comme grand homme lui-même).

. Quatre articles de Pierre Laforgue, dont deux inédits (me semble-t-il), qui tous abordent, directement ou indirectement, la question du sujet poétique et du rapport du sujet au texte :
. " Waterloo en poésie, ou Casimir Delavigne, Cambronne et Hugo ",
. "La sorbonne et la tronche.[joli titre, pour diverses raisons] Poétique et politique du sujet décapité dans Le Dernier Jour d'un condamné ",
. " Les 'images de Dieu' chez Hugo. Poétique du sujet prophétique dans La Vision de Dante ", dans Spiritualités d'un monde désenchanté, J. Séginger dir. Et M. Milner préf., P.U. de Strasbourg, 1998.
. "Rhétorique et poésie chez Hugo (1822-1855) ", dans Ecriture/Parole/Discours : littérature et rhétorique au XIX° siècle, A. Vaillant dir., Printer, 1998.

 

Dans le même ouvrage :
. Delphine Gleizes, " Mirabeau : parole et révolution ".
. Ludmila Würtz, " Le dialogue amoureux dans la poésie lyrique de V. Hugo avant l'exil " .

. A nouveau de Pierre Laforgue, L'Eros romantique, P.U.F. un chapitre sur Hugo mais ne soyons pas chauvins et J. Seebacher indique en quelques mots l'ampleur de la portée de ce livre.

 

. Plusieurs nouvelles éditions des Châtiments : en G-F par Jean-Marc Hovasse, dans "La Bibliothèque Gallimard" par Florence Naugrette et dans "Le Livre de Poche" par Guy Rosa et Jean-Marie Gleize.

 

Jacques Seebacher profite de l'absence de Jean-Marc Hovasse pour saluer la qualité de son annotation sans offenser sa modestie naturelle. Guy Rosa prouve la sienne en corrigeant, sur l'observation faite par le même Hovasse, la faute fumante qui laisserait croire que le général des Jésuites de I, 7 était un industriel du tabac. Il demande aussi aux hugoliens de patienter jusqu'à juin pour recevoir leur exemplaire : la décence le fait attendre qu'on ait retiré de la couverture ce " BAC 99 " rouge et gros.

 

.Christine Marcandier-Colard, Premières leçons sur les Châtiments de Victor Hugo, P.U.F, "Bibliothèque Major", 1998.

 

.Le Profil d'une ouvre consacré aux Châtiments, largement tourné vers la question de la satire, domaine de spécialité de son rédacteur en chef, M. Debailly.

 

. Marie Tapié dépose obligeamment son mémoire de D.E.A. qui porte sur Le Bossu de Notre-Dame de Gary Trousdale et Kirk Wise.

 

On y trouvera aussi désormais
. la thèse de Bernard Degout, Le Sablier retourné. Victor Hugo (1816-1824) et le débat sur le romantisme, Champion, 1998
. XIXe Kaléidoscopie. Recueil d'hommage rassemblant des articles d'Anne Nicolas ; la plupart sont consacrés à Hugo dans une perspective dite, sans doute en partie à tort mais il n'y a guère d'autre mot, " stylistique ".
. (avec un affreux retard) le livre d'Arnaud Laster, Pleins feux sur Victor Hugo, Comédie française, 1981 et
. L'édition du Rhin de Jean Gaudon à l'Imprimerie Nationale.

Informations et discussions

 - Le 24 septembre, dans le cadre d'un colloque sur l'écriture polémique, communication d'Albert Halshall (Carleton University, Ottawa) sur la véhémence chez Shakespeare et Hugo.

 

Châtiments...
J. Seebacher : - Dans les premiers mois de Châtiments, Hugo reste persuadé que la bourgeoisie se débarrassera de L-N. Bonaparte. Aussi n'est-il pas agressif à l'encontre de la bonne bourgeoisie parisienne.
G. Rosa  : - Annoter correctement les Châtiments est presque impossible et sans doute indu, parce que le recueil, très fortement multiculturel, s'adresse à plusieurs publics cumulés ou plutôt réunis. L'Histoire, l'Antiquité gréco-latine mais aussi bien les réalités matérielles du XIXe siècle sont mobilisées ; en sorte que l'annotation, qui n'a pas les ressources de l'art, transforme en bouillie ce qui est convergence (pour ne pas dire " rassemblement "). On peut rêver à trois ou quatre éditions du texte, avec des registres d'annotation distincts...
J. Seebacher : - La mémoire de Hugo était impressionnante. Certains souvenirs de lecture sont glissés dans le texte comme un codage intime. Ainsi, la rue de l'Homme Armé, dans Les Misérables, se trouve dans Sauval, dans un passage qui parle de la fatalité et du malheur (alors que le point de vue de Sauval est pour le reste rationaliste). G. Rosa : - La rue Neuve-Sainte-Geneviève, celle du couvent dans le manuscrit, est aussi celle de la pension Vauquer ; la rue de l'Homme Armé se trouve aussi dans un autre roman de Balzac.

 

Théâtre
- A. Laster espère qu'on verra prochainement à Paris la mise en scène de Lucrèce Borgia par Jean Martinez, avec Marie-José Nat.
- Éric Vigner (compagnie du centre dramatique régional de Lorient) monte Marion Delorme, actuellement à Lorient, très bientôt au Théâtre de la Ville (Janvier). Guy Rosa raconte son expérience de " conseiller littéraire ". L'occasion pour tous de déplorer l'absence d'édition correcte de Marion Delorme. Vincent Wallez, qui a vu d'autres spectacles du même metteur en scène (Le Régiment de Sambre et Meuse, Pluie d'été, L'Illusion comique), le présente comme sensible au texte pour lui-même, qu'il envisage comme une matière vocale. F. Laurent remarque que, s'il y a une dizaine d'années, le théâtre de Musset était à la mode, il semble que ce soit le cas maintenant du théâtre de Hugo. On en voit partout. Ce qui n'empêche pas les critique voire les metteurs en scène eux-mêmes de continuer à le présenter comme un auteur injouable.
- Le Bossu de Notre-Dame au Palais des Congrès affiche déjà complet. Cinéma : Marie Tapié fait circuler en avant-première des photos de l'adaptation de Notre-Dame de Paris par Patrick Timsit.
--Arnaud Laster signale à Jesi (Italie) le Ruy Blas de Marchetti, un opéra du XIXe siècle qu'on ne donne plus beaucoup aujourd'hui.
--Du spectacle construit par Jacques Fargier sur La Fin de Satan on ne sait encore rien : 2 octobre-9 novembre au Théâtre de l'Ile Saint Louis, quai d'Anjou.
 
Rectificatif à l'avant-dernier compte rendu : Arnaud Laster dément formellement l'opinion qu'on lui a attribuée à propos de Lucrèce Borgia montée au T.E.P. Florence Naugrette se joint à lui pour répéter à quel point ils ont apprécié tous deux la mise en scène. Il faut également préciser que seule Lucrèce était démultipliée (et non tous les personnages).


 Calendrier des interventions

17 octobre : Anne Ubersfeld, sur les manuscrits dramatiques de Hugo.

14 novembre : Jean-Pierre Vidal, sur l'épique et le grotesque.

19 décembre : David Charles, sujet à préciser

23 janvier : Florence Naugrette, sur le coup de théâtre dans la dramaturgie hugolienne.

13 ou 20 février

13 mars :

10 avril :

29 mai : Sylvie Vielledent, sur les parodies d'Hernani.

19 juin :


La chronologie Massin informatisée

Guy Rosa présente le travail qu'il a initié depuis avril et qu'il espère finaliser un jour.
Son objet est de reproduire et de rendre aisément consultable la chronologie Massin. Sa forme actuelle contraint à connaître déjà la date du fait pour pouvoir la chercher ou à lire longuement et à prendre des notes - ce qui, d'ailleurs, est peut-être la bonne méthode. La consultation informatique permet d'extraire immédiatement toutes les données se rapportant à un nom, à un titre, à un type de fait (la chambre des pairs, les dîners, voyages, etc.) ou à plusieurs. Ce n'est pas sans intérêt, ni sans limites. La chronologie informatisée fera (re)découvrir que le jour de naissance de Gueux est celui de la proclamation du premier Empire à qui travaille sur Claude Gueux, pas à qui vérifie, pour Les Misérables, la date de la victoire de Montenotte.
L'entreprise a une utilité évidente de commodité, peut-être aussi une portée au-delà. Elle se mesure si l'on observe le nombre et l'importance des travaux générés -du moins rendus possibles ou suggérés- par l'existence même de l'édition chronologique Massin. Elle a favorisé ou exigé une lecture transversale de l'ouvre dans sa genèse et son progrès, rapproché, par exemple, les premiers textes des futures Contemplations des premiers chapitres des Misérables. L'édition " Bouquins " ne l'interdit pas, mais n'y convie en rien. En revanche, elle a fait progresser de manière spectaculaire l'abord générique de l'ouvre, l'étude de ses " poétiques " et formé ou reconstitué des ensembles pertinents (La Légende des siècles - Nouvelle série, les textes philosophiques et critiques). Mais son principe même fait perdre le sens du mouvement de l'ouvre, sacrifie la genèse, la biographie et l'intérêt historique. On peut même dire que, contradictoirement avec sa règle en matière d'établissement du texte (" la meilleure édition ayant historiquement existé "), elle tend à oblitérer les faits de l'histoire littéraire. Elle est foncièrement structuraliste.
Il s'agit de corriger ce gauchissement (si l'on peut dire) induit par l'édition " Bouquin ". Ses effets ont été nuls pour toute une génération, celle précisément qui a fait l'édition Massin et y corrigeait le défaut des éditions antérieures, toutes par genre (IN.et ses clônes, Pauvert, Hetzel). Le cas de Seebacher est exemplaire : il a dirigé Bouquins, mais c'est sur son fichier chronologique (réserve de notre Bibliothèque, tour 44-45) que s'est construite l'édition Massin et sa Chronologie. Bref, Hugo publie selon Bouquins, mais il écrit selon Massin. Celui qui a les deux a la vue triple. Il voit tout.
On dira qu'il suffisait de photocopier (en couleurs) les feuillets de la Chronologie et de les réunir en un livre (comme l'ont fait certains d'entre nous en " cassant " une Massin brochée). Mais la possibilité de la consultation informatique et celle de la mise à jour valent largement l'écart de coût (en temps de travail surtout) entre la photocopie et le passage au scanner. Toutes ces mêmes considérations avaient conduit les hugoliens, lors du Centenaire de 85, à proposer cette entreprise à diverses institutions. L'amélioration des techniques -et surtout l'abaissement de leur coût- la mettent maintenant à notre portée. Les deux premiers volumes ont été scannés et corrigés par notre Bibliothécaire, Mlle Rabha GHERMAOUI. Ils réunissent 2 000 dates ; les 15 000 environ de l'ensemble peuvent être saisis en un an. Cette tâche extrêmement fastidieuse -répétitive en même temps que difficile et exigeant de la culture- demande du dévouement à Mlle Ghermaoui. Sa constance dépend en grande partie de l'intérêt que rencontrera son travail.
Une fois scanné et corrigé le texte est imprimable tel quel -et le sera- et s'offre aux corrections et mises à jour. Il demande encore quelques traitements pour être converti en base de données interrogeable : création de champs d'interrogation exploitables (date initiale-date finale, la première colonne de Massin ne permettant aucune interrogation), ajout d'un champ équivalent aux couleurs (on a défini quatre catégories au lieu de trois : biographie, ouvre, histoire générale, histoire culturelle), confection d'un Index des noms signalant à l'interrogateur que s'il veut extraire, par exemple, tout ce qui concerne Mme Hugo, il doit demander (au moins) [" Adèle " ou " Mme Hugo " ou " Adèle I "].
On a pris en effet le parti de ne pas réécrire, pour la formaliser, la chronologie Massin. Elle constitue par elle-même une sorte de livre. L'augmenter -ce qui est un des buts de la chose- la dénaturera nécessairement ; il faut au moins pouvoir y revenir (par ajout d'un champ " source " où elle sera identifiée).
Le débat s'engage alors, d'abord autour des modifications à apporter à la chronologie : J. Seebacher les exige absolument ; F. Laurent relève les choix "datés" opérés dans les épisodes historiques choisis par Massin ; G. Rosa note que Massin restitue une image cohérente de Hugo, et qu'ainsi, à la modifier, on perturbera la cohérence du V. Hugo de Massin. Et sous quelle forme procéderait-on aux corrections ? A. Laster propose d'y travailler pendant certaines séances du Groupe Hugo. B. Leuilliot tient lui aussi à ce que soit préservée l'originalité et la personnalité du texte de Massin ; il demande si l'usage de cette banque de données sera privé ou public (commercialisé). Faut-il concevoir un CD-ROM ou un site interrogeable à distance?... Quelles coopérations rechercher ? Faut-il commencer les corrections et l'enrichissement avant même d'avoir achevé la saisie du texte initial ? Sur toutes ces questions, G. Rosa a des préférences -qu'il dit- mais pas de religion. Tout dépendra de l'expérience : des critiques, des suggestions, mais surtout de l'intérêt -voire de l'activité- que cette initiative rencontrera. Car on s'aperçoit vite (les colloques de l'ITEM le montrent parfaitement) que la question essentielle posée par ces outils de recherche " lourds " est moins " scientifique " qu'économique : valent-ils les moyens (matériel, salaires, temps des chercheurs) qui y sont investis ? C'est la raison pour laquelle on a voulu aller vite et présenter un peu plus qu'un échantillon, beaucoup moins qu'un résultat irréversible. Ce qui existe, les 2000 dates des deux premiers volumes, est ici joint en exemplaire papier [la disquette n'est pas cessible] -et le logiciel d'interrogation (très provisoire) est praticable à la Bibliothèque.
 

Myriam Roman

 Equipe "Littérature et civilisation du XIX° siècle", Tour 25 rdc, Université Paris 7, 2 place Jussieu, 75005 Tél : 0144 27 69 81. groupugo@paris7.jussieu.fr

Responsable de l'équipe : Guy Rosa.rosa@paris7.jussieu.fr