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Séance du 29 mai 2010

Présents : Présents : Josette Acher, Leandra Alves dos Santos, Patrice Boivin, Brigitte Braud Denamur, David Charles, Françoise Chenet, Pierre Georgel, Kathryn Grossman, Caroline Julliot, Arnaud Laster, Franck Laurent,  Bernard Leuilliot, Claude Millet, Claire Montanari, Christine Moulin, Florence Naugrette, Yvette Parent, Marie Perrin, Guy Rosa, Vincent Wallez et Choï Young.


Informations

Membres du Groupe Hugo 

Claude Millet félicite chaleureusement Caroline Julliot pour son élection en tant que maître de conférence à l’université du Mans. Marie Perrin a, quant à elle, obtenu un bon classement à Lille.

 

Publications 

Jacques et Jeanne Lonchampt éditent un texte de Louis Aguettant, Lecture de « Le Satyre » de Victor Hugo, chez L’Harmattan.

 

Danielle Molinari, conservatrice de la Maison Victor Hugo, vient de faire paraître un ouvrage sur les dessins de Hugo intitulé Victor Hugo, visions graphiques.

 

Le livre de Gérard Pouchain, Voyages et séjours de Victor Hugo en Normandie et dans les îles anglo-normandes, est sorti aux éditions OREP.

 

Le très bel ouvrage de Nicole Savy, Les Juifs des romantiques, comprend un chapitre sur Hugo. D’autres chapitres, généraux et synthétiques, viennent combler un manque dans les connaissances sur le XIXe siècle.

 

Le cinquième numéro de la revue Écrire l’Histoire, qui s’attache aux « Morales » de l’Histoire, vient de paraître. On y trouve un article de Claude Millet sur "Hernani  ou l'ambivalence des temps".

 

Claude Millet annonce la publication d’un volume de la revue Textuel intitulé Contre le Romantisme. Le numéro Politiques anti-romantiques est à venir.

 

Christine Moulin évoque deux livres de jeunesse consacrés à Hugo. L’un – Victor Hugo, Non à la peine de mort, de Muriel Szac – donne la parole à l’auteur et en fait un narrateur qui explique ce qu’il pense de la peine de mort et de la guillotine, l’autre – Victor Hugo, la révolte d’un géant, de Jean-Côme Noguès – raconte l’histoire d’un petit garçon qui rêve de rencontrer Victor Hugo.

 

 

Manifestations, colloques et spectacles :

Le 13 juin 2010, à l’occasion du festival « Paris en toutes lettres », des textes de Hugo vont être lus par des hugophiles et des hugoliens place des Vosges. Jean-Marc Hovasse, Guy Rosa, Claude Millet, Danièle Casiglia et Arnaud Laster participeront à l’événement.

 

Le théâtre de l’Aquarium, à la Cartoucherie, montera à l’automne Le Roi s’amuse. Denis Lavant jouera le rôle de Triboulet. Le metteur en scène, François Rancillac, s’exprimera au Groupe Hugo en novembre. Arnaud Laster, qui a assisté à une répétition ouverte, est très enthousiaste.

 

Yvette Parent commente Tempête sous un crâne, une adaptation des Misérables jouée au théâtre du Soleil et mis en scène par Jean Bellorini. L’enchaînement entre les scènes n’est pas réellement respecté et on peut juger qu’il y a des problèmes de continuité, mais la partie chantée est très réussie et la scène de l’assaut, accompagnée par des accordéons, est magnifique. Florence Naugrette rappelle que, selon Sylvie Vielledent, on ne peut comprendre l’adaptation des Misérables de 1963 que si l’on en connaît préalablement l’histoire. Cette remarque peut s’appliquer à la plupart des reprises du roman.

 

Arnaud Laster évoque le dernier prolongement du festival Hugo Égaux, la représentation d’une adaptation musicale de La Forêt mouillée, qui aura lieu les 4 et 5 juin. Le compositeur, argentin, est très efficace et invente une musique très rythmique. En première partie, on pourra entendre, entre autres, un morceau de Fauré inspiré des « Djinns ».


Communication de Florence Naugrette : Le drame romantique à l'école de la III° République (voir texte joint)


Discussion

Complexité de l’idéologie de la Troisième République :

CLAUDE MILLET : Merci pour cette communication, véritablement passionnante. Je voudrais faire quelques remarques pour rebondir sur ce que tu as dit et te poser quelques questions. Tu as choisi une période très précise, entre 1880 et 1890. Ce qui me frappe, c’est le fait que la contextualisation vient rationaliser les composantes idéologiques de la réception déjà présentes dans les années 1830. On accuse à nouveau le romantisme d’être une forme de barbarisme venu de l’étranger. Pourtant, entre 1880 et 1890, il y a 1885, l’année de la mort d’Hugo. Ce que manifeste ton exposé, c’est la complexité de l’idéologie de la IIIe République, qui porte aux nues le grand homme tout en apprenant à le déboulonner à l’école.

GUY ROSA : Cela pose la question de l’influence du politique sur les institutions scolaires. Quel est le pouvoir du ministère sur l’appareil de l’éducation ?

FRANCK LAURENT : N’oublions pas que le milieu des lettres à l’époque est assez peu républicain. Les savants sont souvent dreyfusards, ce qui n’est pas le cas de la majorité des lettrés. Il y a certes des contre-exemples – on peut songer à Lanson –, mais Brunetière est plus représentatif du milieu des lettres de l’époque.

Je voudrais te poser une question : le fait d’accuser le romantisme d’être antinational remonte aux années 1820. À cette époque, ce discours est plutôt de gauche. Les antiromantiques sont libéraux. Qu’en est-il en 1880 ? Est-ce une critique formulée par les républicains ?

FLORENCE NAUGRETTE : La critique est universelle et dépasse les courants politiques. La défaite de Sedan a beaucoup marqué les esprits.

FRANCK LAURENT : À la même époque, on fait pourtant de Hugo un poète national.

FLORENCE NAUGRETTE : Oui, mais dans les morceaux choisis, on trouve en général des poèmes tirés de la Légende des Siècles, soit misérabilistes, soit nationalistes.

 

Nationalisme du classicisme

GUY ROSA : Alain Vaillant a publié récemment chez Armand Colin un livre intitulé L’Histoire littéraire. On y trouve un développement très intéressant sur la formation du canon classique et ses rapports avec le nationalisme. L’entreprise de Louis XIV, comparable à ce qu’a fait Auguste pour Rome : ériger une littérature nationale en modèle universel, en revendique l’héritage. Avec succès. De là cette exception, en Europe, de l’impérialisme culturel français. Lorsqu’on oppose le canon classique français au romantisme de l’étranger, on se fonde sur un phénomène multiséculaire qui date de la formation même du classicisme. Le romantisme atteint, en s’attaquant aux classiques, quelque chose qui est lié au destin politique de la France. L’internationalisme romantique fait peur.

FLORENCE NAUGRETTE : C’est très juste. Dans les manuels de littérature française que j’ai étudiés, l’influence de la littérature étrangère sur la littérature française est absolument niée. Je n’ai trouvé aucune allusion à un auteur étranger sauf à Guilhem de Castro dont s’est inspiré Corneille, mais il s’agit avant tout de le déplorer. Il y a, à l’époque, une dénégation complète de tout transfert culturel. Seuls les grecs et les latins échappent à cette règle. Il ne faut pas oublier que la première chaire de littérature étrangère n’a été créée qu’en 1830 pour Claude Fauriel, traducteur de Manzoni.

BERNARD LEUILLOT : Il y a un article très intéressant de Sainte-Beuve sur Fauriel. Attention lorsque vous parlez de Stendhal. Ce qu’il appelle le « romanticisme », notion empruntée aux italiens, ne correspond pas au romantisme. Pour lui, le plus grand poète français est Béranger.

Vous ne parlez que de l’enseignement secondaire. Il faudrait regarder ce qui se passe dans le primaire. Hugo y est, à l’époque, de plus en plus investi. Brunetière m’a toujours interloqué. On retrouve chez lui toute l’argumentation présente sous la Monarchie de Juillet, mais il met souvent le doigt, dans ses commentaires, sur des choses importantes. Ce qu’il dit, par exemple, de la filiation entre la tragédie et le mélodrame est loin d’être idiot. Il explique également qu’Hugo, lorsqu’il écrit une pièce de théâtre, ne parle que de lui, ce qui n’est pas faux dans un sens, mais peut être compris de façon positive. Brunetière a par ailleurs écrit Les Étapes de la poésie française. Cet ouvrage n’est pas inintéressant. Il dit que les grands poèmes de Hugo constituent une sorte de perpétuation d’un modèle qui se trouvait déjà dans les Odes.

CLAUDE MILLET : Ce sont les contradictions qui sont intéressantes à étudier dans tous ces manuels. L’anti-romantisme est quelque chose de plastique, d’élastique, dans lequel peuvent se loger des pensées politiques extrêmement diverses. Parmi les auteurs de manuels cités par Florence, il y a la pensée réactionnaire et dominante de Brunetière, mais aussi beaucoup de républicains convaincus. Certains s’orientent vers le solidarisme et voient d’un mauvais œil l’individualisme qui serait porté par le romantisme au nom d’un idéal organiciste de la société. Les critiques de 1820, voire de 1810, sont sans cesse réactualisées.

 

Romantisme et réalisme 

CLAUDE MILLET : J’ai été très intéressée par ce que tu as dit sur 1843 : l’histoire des Burgraves a permis de dater, à tort, le passage du romantisme au réalisme. L’anti-romantisme post-quarante-huitard oppose la naïveté romantique de 1848 avec le réalisme, qui a la vertu morale de celui que l’Histoire ne fait pas rêver. Dans le discours sur le romantisme d’après 1848, on retrouve toujours la nécessité de couper le romantisme du réalisme pour liquider l’idée de révolution par les livres. Je n’avais pas vu que 1843 jouait un rôle là-dedans.

PIERRE GEORGEL : Il me semblait que cette époque mettait plus face à face le romantisme et le néoclassicisme renaissant que le romantisme et le réalisme.

CLAUDE MILLET : On raconte toujours que le romantisme est suivi du réalisme de façon chronologique.

BERNARD LEUILLOT : Le réalisme existait pourtant avec Champfleury.

CLAUDE MILLET : Tous les livres portant aujourd’hui sur le roman au XIXe siècle insistent sur le réalisme et le naturalisme. Ils ne savent en général pas très bien quoi faire de Hugo. Cette pensée est encore dominante.

FRANCK LAURENT : L’un des problèmes de ce mythe de 1843 est de restreindre la portée chronologique du romantisme. Cela condamne Hugo à sortir d’une histoire littéraire normale. On ne sait pas quoi en faire. Il suffit de songer à l’histoire littéraire de Daniel Couty. La partie consacrée au XIXe siècle est en deux volumes, séparés par la date de 1851. On n’évoque le romantisme que dans le premier volume. La monographie qui lui est consacrée est trois fois plus longue que le passage qui l’évoque dans le volume d’après 1851. Ce choix de périodisation s’est révélé peu pertinent et aboutit à une véritable absurdité.

GUY ROSA : La coupe de 1843 est aujourd’hui validée par son déplacement à 1848.

FRANCK LAURENT : C’est peut-être un peu moins absurde. La périodisation est toujours délicate. Il faut la choisir en fonction de la fécondité de l’œuvre. Quand on résume l’œuvre de Hugo en laissant entendre qu’après 1851, il se contente de continuer ce qu’il a commencé auparavant, cela paraît ridicule.

 

Le théâtre

FRANCK LAURENT : J’ai remarqué que, dans les manuels que tu as étudiés, on a tendance à oublier le théâtre hugolien. Est-ce parallèle à la réalité des représentations des pièces de Hugo ? Ce n’est pas mon impression. On le jouait beaucoup à l’époque…

FLORENCE NAUGRETTE : Je pense que c’est dû au fait que le genre théâtral est considéré comme inférieur.

FRANCK LAURENT : La vision du théâtre est déconnectée de la véritable pratique.

FLORENCE NAUGRETTE : On promeut à l’époque des tragédies néoclassiques. Quand il y a des extraits de Corneille et de Racine, ils sont surtout commentés pour leur intérêt psychologique et moral.

GUY ROSA : À propos du système des morceaux choisis, j’ai appris, toujours dans l’ouvrage d’Alain Vaillant, qu’on a enseigné l’histoire littéraire à l’école pendant une période très brève. Elle a disparu très rapidement au profit des morceaux choisis et de l’explication de texte et a été finalement interdite. La fortune de Lagarde et Michard vient de ce qu’ils ont été les premiers à combiner dans un seul livre histoire littéraire et extraits de textes.

BERNARD LEUILLOT : De nombreux ouvrages, avant eux, observaient cependant un sens chronologique, par siècle.

FLORENCE NAUGRETTE : Les morceaux choisis étaient classés par siècle pour certains, mais aussi, pour d’autres, selon la distinction prose/poésie. La catégorie « prose » mettait surtout l’accent sur l’éloquence – Bossuet et Bourdaloue en constituaient les modèles – et le roman n’y avait pas sa place. La catégorie « poésie » comprenait poèmes et poésie dramatique. Beaucoup d’extraits étaient tirés d’œuvres et d’auteurs dont je n’avais jamais entendu parler. Il s’agissait d’académiciens de l’époque.

 

La littérature jeunesse

GUY ROSA : Le roman était considéré comme un genre populaire. De là des trous à la BN. Elle reçoit, depuis Napoléon, le « dépôt légal », obligatoire, de tous les livres, imprimés envoyés par leurs imprimeurs. Mais, longtemps, les conservateurs de la BN ont tout simplement jeté, comme indignes d’être conservés, tous les livres de littérature pour la jeunesse et de littérature populaire (W. Scott compris). Depuis, elle a dû les acheter. C’est un des signes de la profondeur de la coupe entre le populaire et la « haute littérature ». Elle aboutissait à l’exclusion du roman. Dumas a longtemps été méprisé. Son effacement est très tardif : ce n’est qu’après 1968 que la littérature pour la jeunesse a fait l’objet d’études universitaires. J. Delabroy est, je crois, l’auteur de la première thèse consacrée à J. Verne. De ce point de vue j’ai d’ailleurs l’impression qu’il y a eu régression. Du moins est-ce le cas ici, à Paris 7, où les enseignements de littérature policière, fantastique, etc. ont disparu.

FRANCK LAURENT : Ce n’est pas mon sentiment. Je vois, à l’université, de plus en plus de séminaires sur la littérature jeunesse.

CHRISTINE MOULIN : Les études universitaires se font de plus en plus nombreuses. On écrit des thèses. Des revues se sont crées. On peut citer, par exemple, la revue Robinson.

FRANCK LAURENT : Cet engouement pour la littérature jeunesse vient de l’IUFM, puis il a été récupéré par l’université.

CHRISTINE MOULIN : On observe en ce moment un retour de balancier. L’épreuve de littérature jeunesse a été supprimée au concours des professeurs des écoles.

FRANCK LAURENT : J’ai pourtant travaillé sur les maquettes des masters et je n’ai pas du tout observé cela. La littérature jeunesse est à la base de l’enseignement des professeurs des écoles.

CLAIRE MONTANARI : Elle est en tout cas supprimée progressivement des programmes du collège. Les nouveaux programmes mettent l’accent sur la « grande » littérature et sur la grammaire.

ARNAUD LASTER : Ton intervention m’a rappelé deux de mes articles, « L’anti-romantisme secondaire et sa principale victime : le théâtre de Victor Hugo » et « Victor Hugo raconté aux lycéens ou de quoi se compose une mauvaise réputation ». Ton exposé constitue la parfaite archéologie d’une pensée qui est loin d’être abolie aujourd’hui.

Il ne faut pas oublier qu’entre les années 1830 et la IIIe République, il y a le Second Empire. L’Education, à l’époque, avait tout intérêt à enfoncer l’ennemi public numéro un, Victor Hugo.

 

Romantisme et décadence 

BERNARD LEUILLOT : On voit apparaître la notion de romantisme comme décadence. Le romantisme s’oppose au progressisme affiché par l’idéologie de la IIIe République.

CLAUDE MILLET : Pelissier dit que le romantisme peut se lire comme une crise à l’intérieur de la fabrique du progrès. Il s’agit, pour lui, d’une sorte de maladie de jeunesse. Ce motif de l'inadaptation juvénile du romantique prend ses origines dans les œuvres. Le personnage d’Antony, dans les années 1830, prend la place de René pour figurer l’inadapté qui bouscule la société. C’est un parvenu, déclassé dans l’ordre social. Inadaptation et déclassement du romantique le définissent à la fois cause et symptôme du bouleversement de la société postrévolutionnaire. Dans la même perspective, misogynie et antiféminisme font partie de l’anti-romantisme. On le retrouve chez Maurras, mais aussi chez Zola et certains républicains, qui assimilent le romantisme au sentimentalisme. Le romantisme, féminin, fragiliserait la culture de la virilité héroïque (cf. la contribution de Patricia Izquierdo dans les Politiques antiromantiques dont les actes sont en préparation).

FLORENCE NAUGRETTE : Oui. On pense que les héros romantiques ne peuvent être virils car ils obéissent trop à leurs passions. La critique du personnage d’Antony commence dès les années 1830. Jusque sous le Second Empire, la grande pièce de Dumas, La Tour de Nesle, est considérée comme un drame immoral. Dans les manuels, on ne retient qu’une seule de ces pièces, Antony. Le personnage éponyme est présenté comme un héros dangereux.

YVETTE PARENT : Le mot « romantisme » est parfois utilisé à tort et à travers. Lorsqu’on veut critiquer un auteur, on l’accuse de faire du romantisme. Hugo prononce très peu le mot, et lui donne une définition politique (le "libéralisme en politique" en 1830, le "socialisme" à l'époque de William Shakespeare.

VINCENT WALLEZ : Je me posais une question en vous écoutant : les penseurs qui ont composé les manuels que vous avez étudiés pensent-ils que l’histoire littéraire est tendue vers un progrès dont leur époque serait le sommet ou considèrent-ils qu’on ne peut dépasser le XVIIe siècle ? Que font-ils des écrivains de leur temps ? À quelle échelle de valeur appartiennent-ils ?

FLORENCE NAUGRETTE : En général, ils ont de la considération pour la littérature contemporaine. Certains, par exemple, promeuvent le symbolisme pour sa pureté, d’autres le réalisme pour son objectivité. On trouve cependant, dans beaucoup de manuels, des listes d’auteurs contemporains sans analyse. Les auteurs passent à autre chose en signalant qu’ils n’ont pas assez de recul pour faire des commentaires. Ce sont des histoires littéraires qui ont pour vocation de raconter le passé. Ils renoncent à statuer sur la littérature contemporaine, considérant que c’est la postérité qui fait la valeur de l’œuvre.

FRANCK LAURENT : Peut-être ne faut-il pas sous-estimer une tendance de pensée courante chez les professeurs de cette période. Il règne une sorte d’hégélianisme diffus. Certains considèrent que le sommet était le classicisme, et que la littérature est en décadence, non pas malgré le progrès mais à cause de lui. Il n’est pas impossible que le discours sur le romantisme soit en partie déterminé par la crise du symbolisme. On y voit parfois une résurgence du romantisme. Dans les années 1895, on oppose au symbolisme décadent, fumeux, « allemand », l’âme latine et la clarté d’un certain classicisme.

GUY ROSA : Chez Hugo, l’art est la région des égaux. Il y a des modèles indépassables, mais sur tel ou tel point, il peut y avoir des découvertes, sur l’âme humaine par exemple. Il y a une évolution de la littérature, sans dépassement.

 Calire Montanari


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