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Séance du 24 septembre 1994

Présents :Véronique Dufief, Gabrielle Chamarat, Agnès Spiquel, Guy Rosa, Frédérique Leichter, Colette Gryner, Valérie Papier, Delphine Gleizes, Sophie Charleux, Hélène Labbe, Jean-Marc Hovasse, Florence Naugrette, Arnaud Laster, Marguerite Delavalse, Bernard Leuilliot, Pierre Laforgue, Françoise Chenet, Claude Millet, Franck Laurent, Laure Esposito, Jacques Seebacher, Josette Acher, Myriam Roman.
Excusés: Annie Ubersfeld, Ludmila Wurtz, David Charles, Danielle Gasiglia-Laster. Guy Rosa précise qu'il a oublié de prévenir une étudiante de D.E.A., Mlle Laplassotte, qui travaillera sur le Théâtre en liberté.


 

Informations

Malgré les nombreuses lettres reçues par le Ministre, Les Misérables restent amputés pour l'agrégation. Guy Rosa propose de rappeler aux P.U.F. qu'il ne serait peut-être pas inutile de disposer quand même sur les rayons le troisième volume de l'édition Folio... On remarque également que quitte à ne mettre que les  deux premières parties du roman au programme, il aurait été plus judicieux de choisir l'édition d'Arnaud Laster aux Presses Pocket dont le premier tome contient les deux premières parties.

 

Soutenances de thèse cette année :

-Véronique Dufief : "Le désir de savoir. (Quatre-vingt-treize, La Forêt mouillée, La Fin de Satan)". Le 21 novembre à 14 h.
-David Charles : La pensée technique chez Hugo (titre provisoire). Le 25 novembre au matin.
-Ludmila Wurtz "Les interlocuteurs de la poésie hugolienne". Le 25 novembre, l'après-midi.
-Florence Naugrette : "La mise en scène du théâtre de Hugo de 1870 à 1993". Date à déterminer.

Colloques sur Les Misérables :

-19 novembre, à la Sorbonne, organisé par Michel Crouzet.
-2 ou 3 décembre, rue d'Ulm, en salle Dussane, organisé par José-Luis Diaz pour le Société des études romantiques.

Publications sur Les Misérables :

-Kathryn Grossman, Figuring transcendence in "Les Misérables" : Hugo's romantic sublime, Southern Illinois University Press, 1994.

Guy Rosa ajoute qu'il a reçu une lettre de Mme Grossman, dans laquelle elle précise que les travaux d'hiver du Groupe sont vivement appréciés par ses étudiants du troisième cycle.

-le colloque de Thionville est en cours de publication, annonce Françoise Chenet, et devrait paraître à la fin du mois d'octobre. Il contient un article de J. Maurel sur Les Misérables : "Waterloo sous un crâne".

-Pierre Laforgue, Gavroche. Études sur "Les Misérables", CEDES, à paraître. Sur : le résidu, Gavroche, les portières et la chiffonnière, G. et Chérubin, G. et Cosette, le manuscrit de l'évêque, l'Ecole de G...

-"Les Misérables" : Nommer l'innommable, articles recueillis par Gabrielle Chamarat, Éditions Paradigmes, à paraître. Contient 7 articles : David Charles (la technique), Claude Millet (l'amphibologie), Agnès Spiquel (Éponine), Pierre Laforgue (Thénardier), M. Leney (Mabeuf), Amie Ubersfeld (L'amour fou), Paule Petitier (le nombre).

-Les Misérables, articles recueillis et présentés par Guy Rosa, Klincksleck, "Parcours critique", à paraître. Les articles retentis vont de 1962 à 1994. Table des matières : Présentation. Bibliographie. 1ère partie : La réception (article de Pierre Malandain dans la R.H.L.F.). 2ème partie : Sémiotique : archaïsme et modernité (titre provisoire). Nicole Savy, "Les Misérables : un roman de geste" et France Vernier, "Les Misérables ou de la modernité". 3ème partie : Formes romanesques. Meschonnic, "La poésie dans Les Misérables"; Ricatte, "Hugo et ses personnages" : Jacques Seebacher, "Misères de la coupure, coupure des Misérables" : Anne Ubersfeld, "Nommer la misère". 4ème partie : Personnages. Bernard Leuilliot sur Jean Valjean et Jean-Pierre Richard sur Javert. 5ème partie : Objets. Jean-Pierre Jossua sur Dieu, Jean Delabroy sur l'histoire, Guy Rosa sur la société, Jean Gaudon sur la lumière.

-Bernard Leuilliot, Les Misérables, P.U.F, "Études littéraires", à paraître en même temps que La Légende des siècles de Claude Millet dans la même collection.

-Hubert de Phalèse, Dictionnaire des "Misérables", Les textes de l’agrégation à la lumière de l'informatique.
-Myriam Roman et Marie-Christine Bellosta, "Les Misérables'', roman pensif, Belin, "Lettres sup", à paraître.
-Florence Naugrette, Extraits des "Misérables", classiques Bordas, pour classes de Troisième, à paraître au mois de mai 1995.

-Franck Laurent rappelle que le livre de Pierre Macherey, A quoi pense la littérature ? comprend un développement sur Les Misérables.

 

-au programme de Chaillot. un Gavroche pour enfants.

 

-A propos du "cochléaria des Guillons" dans le jardin de l'évêque (I, 2, 12) :

Françoise Chenet fait part de sa découverte récente, susceptible d'éclairer l'origine de ces "Guillons" : Hugo pourrait faire allusion à un certain abbé Guillon, personnage connu en son temps. Aumonier de la reine Marie-Amélie, l'abbé Guillon célébra l'office funèbre du Duc d'Orléans en 1842. Dans le Journal de ce que j'apprends chaque jour, aux dates du 20 et du 24 déc., Hugo mentionne le manuscrit de Saint-Cyprien, puis signale la mort de l'abbé Guillon. Fr. Chenay est allée consulter l'article du Moniteur sur l'abbé Guillon, dans lequel on annonce que la famille prépare une édition complète de œuvres de l'abbé. Fr. Chenay pense ainsi que "le manuscrit de l'évêque" pourrait correspondre à ces notes de l'abbé Guillon, qui serait ainsi un des modèles de Myriel. Elle ajoute que l'abbé Guillon était surtout connu pour avoir donné l'absolution à l'abbé Grégoire, pourtant excommunié (or Grégoire est un des modèles du Conventionnel G.). Pour expliquer le pluriel de l'allusion ("des Guillons"), elle précise qu'il y avait à l'époque deux abbés Guillons; le second, conservateur à la Bibliothèque Mazarine, était un pamphlétaire bonapartiste.

Jacques Seebacher, convaincu par cette interprétation, suggère de l'assurer en vérifiant que "Les Guillons" ne sont pas autre chose, un quelconque massif montagneux par exemple.

Guy Rosa trouve tout à fait conforme a l'habitude de Hugo de glisser sa source par une allusion détournée. Il apprécie également que le personnage de Myriel trouve un modèle autre que celui de Miollis, et qui soit en outre par certains côtés un contre-modèle.

La première partie du nom de la plante suscite moins de réactions. A tort. Cochléria signifiant "cuillère" renvoie lumineusement au jeu de mots cité par Tholomyès. De là ce sujet de leçon, probable de la part de spécialistes des deux premières parties des Misérables : Les cuillères dans la partie des Misérables au programme.

 

-Jacques Seebacher fait part du décès de Mme Francine Balmès et communique les lettres qu'il a reçues :

-M. Roussel, professeur à Angers, demande où se trouvent ces vers de Hugo (?), qui demeurent gravés dans sa mémoire : "C'est le quatorze juillet / Un pareil jour sur la terre / La liberté s'éveillait /Et Paris prit au collet / La Bastille scélérate."

-M. Fr. Georges, de Paris, demande pourquoi Hugo, dans les célèbres vers ("Enfants voici des bœufs qui passent /Enfants cachez vos rouges tabliers") a choisi les bœufs et non des taureaux.

-M. Jarretie, d'Uzès, grand lecteur de Hugo, voudrait savoir où trouver dans le commerce un livre comportant de nombreuses photographies de Hugo à partir de 1850. Il cherche également dans Bouquins le poème "Le retour de l'Empereur". S'ensuit une discussion autour des principes d'édition des Œuvres complètes de Hugo en Bouquins, dans laquelle on remarque qu'un certain nombre d'œuvres ne figurent pas (vers latins, premières poésies, "Le retour de l’Empereur" ...) Franck Laurent rappelle que ce poème fut publié dans l'édition ne varietur de La Légende des siècles, par Meurice, mais qu'étant donné que l'Édition Bouquins a pris le parti d'éditer les séries, il est normal qu'il ne s'y trouve pas. J. Seebacher souhaiterait que le volume d'Index de l'édition Bouquins comble ces manques, G. Rosa pense que notre parti ayant été de reproduire non les textes mais les livres publiés par Hugo, il faut respecter les critères de formation de l'édition, qui de toute façon ne pourrait être exhaustive.

-J. Seebacher dépose le synopsis d'un court-métrage  mettant en scène un extrait des Misérables, par Yves bourget et Serge Riveron. Les auteurs du projet souhaiteraient tourner en Croatie avec une équipe bosniaque, et ont demandé à J. Seebacher quelle aurait été la position de Hugo face aux conflits actuels dans l'ex-Yougoslavie. J. Seebacher rappelle les interventions virulentes de Hugo, Chateaubriand ou Lamartine en faveur des Serbes, ...contre les Turcs islamiques.

-Gérard Pouchain, auteur de la biographie de Juliette, entreprend le catalogue des caricatures qui existent de V. Hugo.

Enigme : un des collègues de G. Pouchain a trouvé un volume de poèmes en prose relié par Hugo, d'un certain Louis de Livron (1867, pseudonyme d' Antoine de L'Estoile). Pourquoi Hugo a-t-il fait relier ce volume ?

 

-Question de Véronique Dufief : où Hugo a-t-il écrit "Qui oserait dire que notre conscience, c'est nous? ".

Réponse de J. Seebacher : dans "Utilité du Beau". Il s'agit, dans le contexte, de la conscience morale, mais il faut bien, auparavant, passer par la conscience de soi.

Claude Millet souligne alors que c'est bien là tout le problème des Misérables.

 

-Théâtre : à Dijon, au Théâtre du Parvis, du 1er au 22 octobre, une adaptation de L'Homme qui rit (par Alain Mergnat), qui n'est pas la même que celle jouée à Paris l'an dernier.

 

-Gabrielle Chamarat a entendu ce matin une intervention d'Alain Decaux sur France Inter : Hugo aurait été catholique et ultra jusqu'à la fin de sa vie...

 

-Arnaud Laster annonce que L'Avant-scène cinéma a en projet la publication du découpage du film de Marcel Blüwal sur Les Misérables.

A. Ubersfeld a d'ailleurs écrit un article sur ce film dans le numéro de L'Arc consacré à Hugo.

Guy Rosa rappelle que Blüwal ne traite que les trois dernières parties et se contente de flash-backs pour les deux premières. J. Seebacher souligne que de toute façon l'esthétique d'un film ne permet pas de restituer tel quel un univers romanesque : on ne peut y mettre un cochléaria des Guillons ! Il est certain toutefois que, puisqu'il voulait couper l'œuvre, le jury de l'agrégation aurait dû choisir les deux ou les trois dernières parties, puisque "Buvard, bavard" est bien le centre à partir duquel s'organise le roman, ce que Blüwal, lui, a parfaitement perçu.

Guy Rosa ajoute que le choix du début des Misérables plutôt que de la fin n'est pas anodin : le début est religieux, la fin politique.

Bernard Leuilliot intervient : "Pourquoi ne voulez-vous pas reconnaître que Hugo était cagot et royaliste ?". Arnaud laster suggère de "déguilleminiser" Hugo, qui a trop été annexé par le christianisme de gauche. Franck Laurent rappelle que Hugo était religieux, mais non chrétien, et anticlérical, et ce, très tôt, dès les années 30. Suggestion de B. Leuilliot : "déshugoliser" plutôt Guillemin...

-J. Seebacher annonce que Hachette se lance dans une campagne de publicité autour d'un roman inédit de Jules Verne, un pamphlet sur Paris au XXème siècle, un peu dans le style de G. Orwell. Les spécialistes (S. Vierne, Poirot-Delpech ...) sont mis à contribution. Jules Verne serait progressiste, mais lucide, tandis que Hugo préférerait le Paris du Moyen-Âge à celui de son époque. J. Seebacher s'oppose à une telle conception : le Moyen-Âge pour Hugo marque l'union idéale de l'art et du peuple, alors que l'urbanisme du XIXème, hélas, isole le peuple et l'art, sépare les classes sociales.

Arnaud Laster rappelle toutefois la note de Hugo sur les mines du château de Vianden : "Le passé n'est beau qu'ainsi, en ruines".

 

Calendrier

22 octobre : séance consacrée aux Misérables.

vendredi 25 novembre : la séance du samedi matin est remplacée par les soutenances, le vendredi, le matin et l'après-midi, de D. Charles et de L. Wurtz.

17 décembre : Frédérique Remandet, "Hugo et les institutions. 1830-1848"

21 janvier : Franck Laurent, "L'Europe impériale : le centre hésitant. L'Urbs

et l’Orbs." (titre provisoire)

11 février : Valérie Papier, "L'intime dans les recueils de la Monarchie de Juillet"

18 mars : séance Sainte-Beuve (participations de J. Seebacher sur Port-Roval, G. Chamarat...)

8 avril

20 mai

17 juin

 


Communication de Colette Gryner  : Le Temps dans Les Contemplations  (voir texte joint)


Discussion

J. Seebacher s'interroge sur la raison qui a conduit Hugo à faire commencer ses "Mémoires d'une âme" en 1830, alors que les premiers poèmes du recueil ("Aube" par exemple), parlent d'un enfant et d'un jeune homme. Il recommande aussi l'accès direct, immédiat, aux manuscrits et l'acharnement philologique.

Colette Gryner rapporte cette datation à la recherche d'une symétrie : 1830 et 1855, avec, au centre 1843.

Claude Millet rappelle l’amour de Hugo pour la symétrie.

J. Seebacher : Hugo ne pouvait remonter avant 1830 de toute façon puisque les Odes et ballades sont organisées suivant des systèmes temporels. Voir aussi Littérature et philosophie mêlées. En outre, 1830 constitue aussi pour d'autres une date essentielle : pour Chateaubriand, par exemple, et les Mémoires d'Outre-Tombe sont aussi le livre d'un mort. De toute évidence, il y a là une manière de poser le problème de l'intimité au bord de la tombe.

A. Laster rappelle la triple chronologie des Contemplations, et souligne que J. Gaudon ne parle pas du temps dans son ouvrage.

B. Leuilliot approuve, mais souligne que la contemplation est tout de même une expérience du temps, à mettre en rapport avec la prière. Il serait bon d'éclaircir la notion de lyrisme.

G. Rosa déplore lui aussi mais constate que les étudiants d'aujourd'hui ne s'intéressent plus aux manuscrits, mais beaucoup plus aux questions de genre, que toute une phase de la critique hugolienne n'a pas prises au sérieux.

Pour A. Laster, cet attachement à la notion de genre est lié au classicisme foncier de l'enseignement. Il constate ainsi que le mélange des genres est resté péjoratif aujourd'hui encore.

Colette Gryner précise que le recours à une problématique générique a pour but d'approfondir la compréhension du texte, non de coller une étiquette.

Guy Rosa a trouvé intéressante l'idée de deux temporalités, celle du recueil et celle des poèmes, ce qui permet de lire la division 1830-1843-1855 comme datant l'émission des textes et non leurs objets. Toutefois, dans une certaine mesure, les parties sont aussi datées par les objets.

Colette Gryner convient de cette ambiguïté constitutive des Contemplations entre temps de l'énoncé et temps de l'énonciation.

 Myriam Roman


Equipe "Littérature et civilisation du XIX° siècle", Tour 25 r.d.c., Université Paris 7, 2 place Jussieu, 75005 Tél. : 01 57 27 63 68. Bibliothécaire : Mle Ségolène Liger.