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Séance du 28 mai 1994

Présents :Guy Rosa, Nicole Savy, Jean-Marc Hovasse, Claude Millet, David Charles, Bernard Leuilliot, Arnaud Laster, Myriam Roman, Véronique Dufief, Marguerite Delavalse, Delphine Gleizes, Laure Esposito, Valérie Presselin, Sophie Charleux, Colette Gryner, Josette Acher, Bertrand Abraham, Ludmila Wurtz.
Excusés: Anne Ubersfeld, Pierre Georgel, Jacques Seebacher, Franck Laurent, Danièle Gasiglia-Laster.


 

Informations

-A. Laster précise que, si J.-L. Boutté doit bien monter Lucrèce Borgia au mois d'octobre à la Comédie Française, c'est J.-C. Roussillon qui mettra Mille Francs de récompense en scène, en mai. Il ajoute que Les Misérables feront l'objet, à la rentrée, non seulement d'une adaptation cinématographique, mais aussi d'une adaptation télévisuelle, avec Roger Hanin dans le rôle de Jean Valjean.

 

-A. Laster a également assisté à une remarquable représentation de L'Intervention, dans une mise en scène de Vincent Wallez, par la Compagnie "L'Imbroglio", originaire de Paris III, lors des Rencontres du Théâtre Universitaire à Cergy-Pontoise. Le même spectacle sera monté à Nanterre le 25 juin à 14 heures.

 

-B. Leuilliot a été lui aussi enthousiasmé par l'adaptation de L'Homme qui rit mise en scène par Laurent Schuh au Trianon. Bien sûr, la suppression des intrigues secondaires atténue l'humour propre au roman; aussi le spectacle est-il, par moments, trop pathétique. Mais le résultat est néanmoins superbe. Le théâtre du Trianon mérite, lui aussi, d'être vu; on y monte surtout des opérettes: le spectacle de L. Schuh avait lieu pendant les relâches de Sissi. J. Acher précise que L. Schuh a repris l'adaptation de G. Guillaumat qu'avait montée le TNP dans les années 50.

 

-A. Laster signale la parution de Claire ou la vie de Claire Pradier, de Claudette Combes, aux éditions Guy Trédaniel. Le livre a recours à la fiction : Claire Pradier est censée écrire ses mémoires à la première personne.

 

-B. Leuilliot a donné son dernier cours à Caen. Il n'a pas résisté au plaisir de lire La dernière classe d'A. Daudet à ses étudiants.

 

-N. Savy annonce une exposition consacrée à Nadar au Musée d'Orsay : "Nadar - Les années créatrices 1854-1860", dont le vernissage a lieu le 8 juin. En résumé, il s'agit d'y montrer que le romantisme n'est pas mort en 1848. En conclusion à l'exposition, un colloque se tiendra les 8 et 9 septembre sur "la représentation de la figure - portraits, portrait de l'artiste - dans la littérature et les arts visuels". C. Pichois y fera une communication sur le portrait de Baudelaire. On rappelle, à ce propos, l'importance de la lettre qu'envoie Hugo à Nadar de Bruxelles, en 1864, sur la locomotion aérienne.

 

-On signale la parution d'un disque réunissant nombre de mises en musique de Hugo par Saint-Saëns. Ce disque comprend un inédit : la mise en musique, sous forme de cantate, du poème des Odes et Ballades : La Lyre et la Harpe, qui n'avait jamais été commercialisée. Il ne s'agit pourtant que d'un échantillon des productions de Saint-Saëns consacrées à Hugo: l' Hymne à Victor Hugo, par exemple, n'y figure pas.

 

-La journée de conférences consacrées aux Misérables dans le cadre de l'agrégation aura lieu le... 2 décembre. De nombreuses éditions et rééditions sont prévues à cette occasion : B. Leuilliot va faire paraître, chez PUF, un petit livre sur Les Misérables dans la collection "Etudes critiques"; deux recueils d'articles sur Les Misérables sont également à paraître : celui de P. Laforgue, chez SEDES, comprenant ses propres articles, et celui de G. Rosa, chez Klincksieck, comprenant les articles majeurs, anciens et récents, que les critiques ont consacrés au roman. M. Roman, elle aussi, va faire paraître un livre de synthèse sur Les Misérables, chez Belin. B. Leuilliot a également en projet (encore lointain) un "Quid de Victor Hugo", à paraître chez Laffont.

G. Rosa souhaite la création d'une banque de données chronologiques portant sur la littérature française du XIXème siècle. Il remarque, par ailleurs, qu'il y a, depuis quelques années, un trou dans la recherche sur Les Misérables.

 

-La prochaine séance du Groupe Hugo aura lieu le 25 juin, à Marines, dans la maison d'Anne Ubersfeld. On y entendra l'exposé de Frédérique Remandet sur "la légitimité des institutions".


Communication de Jean-Marc Hovasse  : «Hugo chez les Belges»  (voir texte joint)


Discussion

-G. Rosa salue l'exploit que constitue l'exposé de J.-M. Hovasse.

On rappelle les livres consacrés aux séjours de Hugo en Belgique - Victor Hugo en Belgique, de J. Cambi; La Belgique selon Victor Hugo, de P. Arty. Ce dernier, plus récent, met au jour des documents intéressants, malgré une chronologie parfois fantaisiste. N. Savy rappelle également les Actes du colloque Victor Hugo et la Belgique, tenu à l'Académie Royale en 1952.

B. Leuilliot précise à ce propos que Les Hommes de l'exil est un livre posthume, peu fiable en tant que document. N. Savy remarque que les dossiers de la police belge constitueraient au contraire un objet d'étude des plus intéressants.

 

-G. Rosa se demande comment expliquer le changement d'attitude du gouvernement belge et de l'opinion publique à l'égard de Hugo entre 1851 et 1871. En effet, il y a eu des pressions officielles mettant enjeu les accords commerciaux entre la France et la Belgique de la part du Prince-Président en 1852; mais Hugo n'a pas été expulsé pour autant. En 1871, le gouvernement de Thiers n'opère aucune pression à l'égard du gouvernement belge; l'arrêté d'expulsion qui frappe Hugo émane donc du seul gouvernement belge.

Selon J.-M. Hovasse, la peur d'une Commune belge pourrait être à l'origine de ce revirement. Il nuance cependant l'idée même de revirement en rappelant que, en 1852, Hugo a quitté la Belgique de lui-même pour ne pas être expulsé. N. Savy rappelle également qu'il y a en Belgique, en 1871, une extrême-droite forte, phénomène qui n'existait pas en 1851.

G. Rosa fait l'hypothèse que le changement d'attitude du gouvernement belge est dû, plus qu'à la transformation de la situation intérieure, à la transformation de l'image de Hugo dans l'opinion publique.

B. Leuilliot estime que la violence de la prise de parti de Hugo en faveur de l'asile aux Communards suffit à expliquer le revirement du gouvernement belge. Alors que les discours à la Chambre décrivent les Communards comme des "hommes qui ne sont même pas des hommes", Hugo leur offre l'asile dans sa maison, au mépris de la décision du gouvernement belge, qui leur refusait ce droit d'asile. Il faut mesurer le scandale que re présente cette prise de position publique de Hugo contre le roi de Belgique, ajoute N. Savy : un Français en Belgique offrait l'asile à des Français; cela représentait une véritable révolution du droit. A. Laster propose d'imaginer quelle serait la réaction du gouvernement français si un Algérien offrait l'asile dans sa maison aux Algériens exilés !

G. Rosa rappelle, pourtant, que Hugo s'est montré surpris par l'arrêté d'expulsion prononcé à son encontre.

J. Acher : Hugo compte, à tort, sur l'opinion publique belge. Mais le peuple belge, remarque B. Leuilliot, n'est pas représenté par les "blousons dorés" qui assiègent Hugo dans sa maison pendant la nuit qui suit son offre publique d'asile aux Communards. D'ailleurs, rappelle J.-M. Hovasse, grâce à Hugo, quelques Communards ont effectivement été accueillis en Belgique. Ce qui est en cause, poursuit B. Leuilliot, C'est bien la prise de parti publique d'un étranger contre le gouvernement belge.

G. Rosa: sans doute la Belgique était-elle, entre temps, devenue jalouse de son indépendance et de son statut de nation. L'idée de "nation provisoire" avait disparu en 1871. L'expulsion est, malgré tout, une mesure très "raide"; quantité de décisions intermédiaires pouvaient être prises à l'encontre de Hugo.

J.-M. Hovasse explique que le désordre causé par l'attentat nocturne contre la maison de Hugo constituait à lui seul un motif d'expulsion. Il est donc probable que les auteurs de l'attentat soient à l'origine d'une provocation délibérée, en accord avec la police.

N.Savy remarque que c'est à partir de cet épisode que naît l'image de la France terre d'asile.

 

-On se demande un instant si le voyage improvisé qu'entreprend Hugo à la poursuite de Juliette Drouet, en 1873, l'a mené jusqu'en Belgique. Juliette Drouet, en effet, avait pris la fuite pour Bruxelles, après avoir découvert une rivale en Amélie Desormeaux. Mais il semble que Hugo se soit arrêté à Paris et ait attendu Juliette à la gare du Nord.

 

-B. Leuilliot observe qu' au moment où Hugo écrit, à propos de son séjour à Waterloo : "J'ai passé deux mois couché sur ce cadavre", il achève la rédaction de la mort de Jean Valjean. On peut donc dire que Jean Valjean est mort à Waterloo.

 

-N. Savy : d'un point de vue touristique, le "badigeon" qui couvre les monuments belges est, en effet, assez laid. Mais, du point de vue de la conservation des monuments historiques, c'est un moindre mal. Hugo le dit lui-même à propos des églises belges, qu'il trouve infiniment mieux conservées que les églises françaises. En effet, le badigeon jaune que l'on utilise en Belgique préserve ce qui est dessous et, surtout, peut être enlevé.

 Ludmila Wurtz


Equipe "Littérature et civilisation du XIX° siècle", Tour 25 r.d.c., Université Paris 7, 2 place Jussieu, 75005 Tél. : 01 57 27 63 68. Bibliothécaire : Mle Ségolène Liger.