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Séance du 17 juin 1989

Présents : A. Spiquel, R. Journet, E. Sanz, C. Millet, J. Ascher, V. Dufief, G. Malandain, H. Cellier, J. Seebacher, G. Rosa, P. Laforgue, J.-C. Nabet, A. Ubersfeld, S. Emmerich, A. Laster, D. Laster.
Excusés:


 

Informations

Le défaut de mémoire -et de notes- joint à l'épaisseur des deux communications écrites nous a fait renoncer à donner le compte-rendu des discussions. Les intervenants nous le pardonneront, nous l'espérons.


E. Sanz: présentation de la Bibliographie informatisée de la critique hugolienne pour les années 1980-1986.

Emmanuelle Sanz présente le travail qu'elle a effectué au titre de son mémoire de maîtrise. Il s'agissait de dresser la bibliographie de la critique hugolienne de telle sorte que soient pleinement utilisées les possibilités ouvertes par son interrogation informatique.

Celle-ci présente l'avantage, sur les listes ou catalogues habituels, de permettre une interrogation multiple et modifiable: multiple parce qu'on peut associer plusieurs critères de sélection (par exemple chercher les études biographiques portant sur une période donnée; modifiable, parce qu'un fichier manuel ou une liste est classé une fois pour toutes -par nom d'auteur, c'est un catalogue auteur ou par objet: c'est un catalogue matière- alors que les informations d'un fichier informatique sont enregistrées une fois pour toutes et reclassées par la machine sans qu'on ait à répéter tout ou partie de la saisie.

En revanche, les logiciels actuellement employés pour créer des "bases" ou "banques" de données présentent l'inconvénient d'exiger une description rigide des objets classés: chaque fiche a les mêmes rubriques que toutes les autres; on peut en ajouter ou en retrancher mais elles le seront partout et les rubriques de l'interrogation sont en nombre limité et de définition stricte.

Enfin, avantage et inconvénient à la fois, il faut tenir compte du fait que la mémoire d'un ordinateur est infaillible et incapable de jugement de valeur. Si bien que les rubriques doivent être définies en sachant que, trop larges et/ou trop peu nombreuses elles donneront lieu, pour chaque interrogation, à une avalanche de réponses entre lesquelles le tri restera à faire (et ce peut être si long que tout le bénéfice de l'informatisation est perdu), mais trop précises et trop nombreuses elles compliqueront beaucoup l'interrogation et/ou ne répondront plus à la compétence de l'interrogateur. Peut-on, par exemple, détailler les analyses inspirées de la linguistique en "sémiotiques" et "sémiologiques"?

 

Le premier choix était à faire entre l'extension et la compréhension. En un temps nécessairement limité, on pouvait soit couvrir un grand nombre d'années, mais chacune de manière non exhaustive et/ou relativement superficielle, soit restreindre le champ de l'enquête et améliorer sa qualité. C'est en ce dernier sens qu'E. Sanz a choisi: sa bibliographie couvre les travaux parus entre 1980 et 1986 inclusivement. Mais elle est pratiquement complète, par le recours en particulier à la bibliographie de O. Klapp, sensiblement plus complète que notre Rancœur national. Elle est aussi commentée: un "champ mémo" -de définition libre et qui échappe à l'interrogation- permet d'associer à chaque fiche un résumé de l'ouvrage ou de l'article qui, pour des raisons de commodité matérielle, ne dépasse pas la longueur d'un écran (250 mots environ).

La seconde difficulté tenait à la construction de la fiche -on a vu pourquoi. Le problème est relativement simple s'agissant de ce qu'on peut appeler la carte d'identité dressée pour chaque objet et permettant son identification. Aux rubriques habituelles: auteur, titre, date, lieu (l'éditeur pour un ouvrage, la revue pour un article, le titre de l'ouvrage pour un chapitre ou pour une contribution à un livre collectif) a été ajoutée une rubrique "nature" qui permet -contrairement à ce qui se passe dans la plupart des bibliographies et qui est source de toutes sortes de déconvenues- de savoir si l'on a affaire à un album, un catalogue d'exposition, un compte-rendu critique, une présentation, une préface, une critique théâtrale, etc…

 

La caractérisation du texte lui-même -par laquelle passe l'interrogation de la bibliographie- était plus ardue. On a pris le parti de l'effectuer à deux niveaux: d'une part le type d'analyse critique auquel répond le texte considéré, d'autre part son objet dans le vaste monde des réalités de l'œuvre et de la vie de Hugo. La typologie critique a donc été établie avec le souci d'éviter les chevauchements, d'employer une terminologie transparente, de préserver une précision suffisante. On a de la sorte, d'abord, distinguées de tout le reste, les éditions de textes et les explications de texte. D'autre part les études informatives sont analysées en études biographiques, historiques et scriptologiques (tout ce qui a trait à l'écriture, au sens matériel, des textes). Enfin les travaux interprétatifs sont classés selon leur orientation: analyses idéologiques, de poétique (au sens large: la stylistique classique en fait partie), études psy-chologiques ou -chanalytiques enfin, faute de mieux, les travaux de "thématique".

Quant aux objets traités ce sont: les œuvres  désignées par leur titre, un genre (en suivant la nomenclature de l'édition Bouquins), une période de la vie ou de la création hugoliennes définie par sa date initiale et sa date finale.

Bien entendu rien -sinon le souci d'éviter les confusions, les double-emplois, etc. n'interdit qu'un même texte soit indexé à deux rubriques différentes: un travail peut être à la fois historique et biographique, Interprétatif et Informatif, etc.. C'est donc la pertinence de l'indexation qui fait la valeur de cette bibliographie et assure que la réponse à l'interrogation soit à la fois juste et complète sans devenir pléthorique (car il y a toujours un peu de tout dans tout: le plus simple serait d'indexer chaque texte à toutes les rubriques et le malheureux qui chercherait ce qui a été publié sur les conditions de la rédaction de L'Année terrible verrait défiler les 530 fiches de la base).

 

E. Sanz montre alors, sur l'ordinateur récemment acheté par l'équipe XIXème de Paris 7 et auquel les hugoliens de notre groupe ont évidemment accès (pour un usage ponctuel, G. Rosa ouvrira la porte; pour un emploi régulier, il vaut mieux prendre une carte de lecteur de la Bibliothèque de Lettres), comment s'effectue l'interrogation. Quatre programmes correspondent chacun à un type de recherche. L'un permet de retrouver les références complètes d'un ouvrage, article, etc... dont on ne connaît que partiellement les références ("C'est de Seebacher, c'est à propos du Dernier Jour d'un condamné, vague souvenir que c'est dans la RHLF, ... de quelle année?"). Deux autres facilitent le travail proprement bibliographique. L'un part des méthodes critiques et va vers les objets (ce qui a été écrit en fait d'études psychanalytique et à propos de A celle qui est voilée); l'autre procède en sens inverse: tout ce qui concerne L'Homme qui rit et, comme il y en a trop, tout ce qui concerne L'Homme qui rit en matière de narratologie). Enfin un dernier programme permet de combiner les différents types d'analyse critique.

Toutes sortes d'interrogations peuvent ainsi être effectuées, des plus bestiales - toute la bibliographie critique d'une œuvre de Hugo, aux plus raffinées: connaître par exemple les études de biographie et d'histoire de la rédaction des œuvres pour une période, même très brève; ou encore, si l'on veut effectuer un rapprochement sous un point de vue donné, réunir les analyses d'interprétation idéologique portant sur Notre-Dame de Paris et celles qui concernent L'Homme qui rit. Le plus souvent on jugera, au résultat, que la réponse déborde l'interrogation; c'est inévitable et vaut mieux que l'inverse. Mais la supériorité décisive d'une telle bibliographie tient évidemment moins à l'usage de l'informatique (encore faut-il signaler que, sans elle, une telle opération n'est pas matériellement réalisable) qu'au fait que les articles et ouvrages ont été effectivement lus ce qui économise, au moins en partie, de la lecture inutile à l'interrogateur.

 

En conclusion, E. Sanz dit l'intérêt qu'elle a trouvé à cette tâche, intérêt augmenté par le fait de connaître plusieurs des auteurs dont elle a eu à dépouiller, à peu près exhaustivement, le travail de ces sept dernières années. (Chacun se rengorge, puis s'inquiète -en silence.)

 

N.B. J'ai moi-même (G. Rosa) essayé la chose. C'est à la fois impressionnant et facile. Impressionnant parce qu'on s'aperçoit qu'on ignore environ la moitié des références et qu'on en a présentes à l'esprit environ le quart. Impressionnant aussi parce qu'à chaque phase de l'interrogation la machine demande si l'on veut faire imprimer les réponses -et que cela marche! Et enfin parce que, lorsqu'on a fini, on s'aperçoit qu'on a fait en une demie heure - et mieux- ce qui aurait pris, à la main, une demie journée. Facile parce que les programmes d'interrogation ont été rédigés de telle sorte que non seulement -cela va de soi- il n'est pas nécessaire d'avoir la moindre connaissance en informatique pour "faire dire" la machine, mais aussi que l'ordre des questions obéit à la démarche intuitive. Il faut ajouter que, pour ceux que j'ai lus (j'interrogeais sur Quatrevingt-treize), les résumés permettent -et c'est ce qu'on leur demande- de savoir ce qui mérite d'être lu et ce qui peut être négligé ou reporté à plus tard.

Le défaut de ce travail est le prix dont il fallait payer sa qualité: la relative brièveté de la période couverte.

Cette bibliographie doit donc, à mon sens, être poursuivie. Le groupe de travail que nous formons pourrait le faire très aisément -ce serait pour chacun l'affaire de quelques heures chaque année- si nous trouvions moyen de nous répartir la tâche. Ce travail peut aussi être confié à des étudiants de maîtrise si du moins son caractère relativement peu créatif, maintenant que la grille de lecture et les programmes d'interrogations sont faits, pouvait être compensé par combinaison avec d'autres tâches.


Communication de Sarah Emmerich : «Victor Hugo et la Ligue des patriotes (voir texte joint)

 


Communication de Pierre Laforgue  : «Bug Jargal ou la difficulté d'écrire en "style blanc"»  (voir texte joint)


Discussion

|voir plus haut nos excuses]

Il est trop tard pour vous souhaiter de bonnes vacances; ce sera "bonne rentrée". La nôtre aura lieu le samedi 30 septembre. A l'ordre du jour, le programme de l'année qui vient et, bien sûr L'INDEX, puisque "Océan" est sous presses et que "Chantiers" a dépassé les secondes épreuves -bien nommées.

 Guy Rosa


Equipe "Littérature et civilisation du XIX° siècle", Tour 25 r.d.c., Université Paris 7, 2 place Jussieu, 75005 Tél. : 01 57 27 63 68. Bibliothécaire : Mle Ségolène Liger.