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Séance du 29 mai 1988

Présents : (non noté)
Excusés: (non noté)


 

Informations

."Bouquins": se vend, selon des sources concordantes, un peu mieux que l'an dernier. Que nos courages se relèvent! C'est de bon augure pour la correspondance dont le premier tome doit, dit-on, sortir en septembre.

 

."Pléiade" (romans): J. Seebacher offre à l'assemblée un bon moment de rigolade "off record", désolé.

 

.Numéro "Hugo siècle" -ce sera son titre- de «Romantisme»: on a déjà annoncé qu'il serait composé de celles des communications du colloque du Grand-Palais "Hugo et le XIXø siècle" qui n'ont pas été publiées par la «R.H.L.F.», d'un article de G. Rosa (la synthèse de ce qui lui sert de thèse) et d'une "analyse spectrale du Centenaire où le phénomène médiatique est confronté avec une esquisse de la configuration nouvelle des recherches sur Hugo et son oeuvre" due à Jean-Claude Fizaine.

Ce numéro comportera une importante rubrique de comptes rendus. Rabougrie cependant par rapport à ce qu'elle aurait pu être, faute de place. N'ont été retenus que ceux concernant des colloques -à l'exception de celui de Nice sur les Idéologies. Mais deux importants articles de J. Neefs et P. Georgel couvriront le champ de l'image.

 

Une brillante controverse s'engage alors à propos des comptes rendus de l'édition "Bouquins": certain se voit qualifié de "pitrerie professorale", tel autre aurait été excessivement respectueux des valeurs établies (des noms... des noms...); faut-il ou non publier les listes de coquilles? car, nom d'un caniche, certains textes sont de véritables "chimères": qui aurait cru qu'il y avait, pour Hugo aussi, un Furne corrigé?

 

(Dernière minute: le numéro de «Romantisme» qui suivra «Hugo siècle» et qui est intitulé «Pessimisme» réunira le reste des comptes rendus à l'exception de ceux concernant l'édition "Bouquins"; on attendra pour ces derniers de pouvoir y joindre le commentaire du volume le plus original, celui d'«Océan-Chantiers» fait par René Journet.)

 

Il résulte de ces morceaux de bravoure la demande pressante que J. Seebacher et G. Rosa adressent, au nom de V. Hugo (ce n'est pas notre oeuvre, après tout), à tous ceux qui les présentes verront: communiquer immédiatement, séance tenante et sans délai tout relevé de fautes, établi par vous-mêmes ou par qui que ce soit, partiel ou complet, anonyme ou signé, de manière à préparer un erratum aussi peccamineux que possible! Benoît de Cornulier-Lucinière -spécialiste de la théorie du vers français- (homme charmant et vraiment drôle) a déjà transmis à J. Seebacher son propre relevé pour les premiers tomes de poésie: cette précieuse contribution ne doit pas rester une exception.

 

. Listings en vue de l'Index: ils ont dû être tous envoyés. Que les collaborateurs qui ne les auraient pas reçus nous le fassent savoir -après avoir bien fouillé dans leurs papiers, l'envoi n'étant pas récent.


Communication de Jean -Claude Fizaine : «Torquemada, problèmes de genèse»  (voir texte joint)


 

Discussion

Muets d'admiration et pressés par la faim, nous sommes assez brefs. J. Seebacher propose de penser que l'allusion à «Marion de Lorme» se comprend d'abord -mais pas exclusivement- par l'analogie évidente entre l'Inquisiteur et "L'homme rouge qui passe". J.-C. Fizaine n'en disconvient pas mais souligne que, dans les deux cas, on assiste à cette abomination: la contamination l'un par l'autre de l'espace royal et de l'espace sacré. J. Seebacher, à nouveau, pressent qu'il y a, chez Hugo, une tentation profonde devant ces grands exemples d'hommes terribles. Fizaine acquiesce: la fascination n'est pas contestable. J. Seebacher -inlassable, rappelle l'amitié entre le général Hugo et un secrétaire de l'Inquisition, un certain Llorente qui, ayant quitté l'Espagne avec les Français et en même temps que le général, écrira toute une histoire, exacte et critique, de l'Inquisition. J.C. Fizaine confirme que c'est effectivement l'une des sources majeures de «Torquemada» (cf. article dont la référence m'a échappé sur les sources du drame).P. Georgel, après avoir interrogé sur les réaction de Hugo à la révolution espagnole (il fut invité par la junte de Madrid à s'installer en Espagne -août 1854- et tenté d'accepter, mais Fizaine ne croit pas [si j'ai bien suivi] à une influence quelconque de cet épisode sur «Torquemada»),« »suggère qu'il existe un rapport entre toute la thématique de l'angoisse analysée par Fizaine et les impressions ressenties au cours du voyage et du séjour des enfants Hugo en Espagne. Ne pourrait-on pas aller plus loin: enfermement, rôle du père et expérience du religieux...? La genèse de «Torquemada» commencerait en 1810. J.-C. Fizaine en convient.

 

J. Seebacher, revenant, rappelle que 1869 est une année cruciale pour l'Empire: il a perdu tout crédit, se trouve socialement aussi isolé que dans les débuts et chacun pense qu'une révolution est proche; de fait, elle sera prise de vitesse par la guerre. Ainsi situé, «Torquemada» peut se lire comme une initiative destinée à prévenir une dérive terroriste de la révolution attendue et souhaitée. -Pas d'objection.

 

G. Rosa, qui consulte vétilleusement ses notes, demande que le rapport de «Torquemada» avec «La Fin de Satan» soit reformulé: analyse et grotesque, certes, c'est-à-dire retournement; le mouvement qui constitue Torquemada est le même et l'inverse de celui qui sauve Satan. C'est bien ce que disait Fizaine qui en profite pour compléter: «"Torquemada», c'est le passage à l'acte névrotique de la pensée illuministe qui soutient «La Fin de Satan»." Ainsi parti, il ne va pas jusqu'à déflorer un travail en cours sur le «Spartacus» de Quinet, mais signale tout de même que, dans les années 40 une thèse d'histoire est soutenue sur Spartacus par un certain Wallon, plus tard auteur d'amendement.

 

Arnaud Laster enfin, d'un mot, lance J.-C. Fizaine dans une brillante improvisation sur les rapports, bien inquiétants, entre la haine de soi et l'amour d'autrui: pas d'amour pour l'autre sans haine de soi -les égoïstes sont mal aimants, mais quel amour ravageur et méchant -vorace au moins- sera nourri par qui ne s'aime pas lui-même!

 

La prochaine séance est fixée le 18 juin; Bernard Leuilliot y sera écouté, sur «Quatrevingt-Treize».

 Guy ROSA


Equipe "Littérature et civilisation du XIX° siècle", Tour 25 r.d.c., Université Paris 7, 2 place Jussieu, 75005 Tél. : 01 57 27 63 68. Bibliothécaire : Mle Ségolène Liger.