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Séance du 21 mars 1987

Présents : P. Laforgue, B. Degout, D. Staveris, S. Héry, B. Donat, C. Trévisan, C. Millet, F. Naugrette, D. Nicolaïdou, L. Masson, H. Cellier, J. Seebacher, G. Rosa, J.-C. Nabet, A. Laster, S. Haddad, R. Journet.
Excusés:


 

Informations

C. Millet tient à la disposition des curieux le synopsis de l'un des montages de La Légende des siècles joués l'an dernier. Il y en a eu deux : André Pomara et Michel De Maulnes.

F. Naugrette signale un Ruy Blas joué à Neuilly (MJC) et qui est intéressant : joué sans profondeur, sans décor, comme un jeu de voix. A. Laster, lui, condamne le Hernani de la Cité Universitaire où l'on joue sur des bandes enregistrées. Mme Acher révèle l'existence de trois lettres d'Adèle Hugo à la Bibliothèque féministe Marguerite Durand, dont l'une fait allusion à un alléchant secret. J. Seebacher met en doute l'authenticité de ces lettres.

Les actes du Colloque de Porto sont publiés.

Seebacher imagine que l'on pourra publier les vers de jeunesse de Hugo dans le tome 15; A. Laster plaide pour Inez de Castro.

 


Communication de Pierre Laforgue : Identité, paternité et histoire chez Hugo - 1874-1877 (voir texte joint)


Voir le texte joint, lu, de son ton inimitable, par l'auteur. C'est bien ce que lui reproche dans la

Discussion

J. Seebacher et, sans doute parce que Pierre Laforgue doit soutenir sa thèse à la rentrée prochaine, le débat prend l'aspect d'un jury. C. Millet rappelle qu'en partant pour Bordeaux Hugo emporte "Paris assiégé" et "La poème du grand-père". Comment disjoindre – et opposer – L'année Terrible et  L'art d'être grand-père ? Et pourquoi mettre de côté, comme s'il n'existait pas, Quatrevingt-treize et le geste central de Lantenac sauvant les enfants ? A. Laster n'apprécie guère qu'on fasse dater de si tard le jeu de Hugo sur son prénom, comme si le tableau à Léonie n'existait pas. Quant à Lantenac, il n'apprécie pas. Hugo est bien plutôt Cimourdain que Lantenac. Le geste de ce dernier le sauve peut-être aux yeux de Dieu – s'il existe – comme Sultan Mourad son porc, il n'en reste pas moins une canaille.

J. Seebacher : Il y a des conversions. Cela importe pour l'effet du texte sur le lecteur.

A. Laster : N'empêche que Lantenac redevient un salaud.

J. Seebacher : L'histoire n'est pas bivalve

R. Journet : Ce ne serait pas le première fois dans l'œuvre de Hugo qu'un geste de personnage lui est en quelque sorte extérieur.

Guy Rosa dit son désaccord avec la méthode suivie : elle permet manifestement de dire des choses neuves et importantes sur les textes, elle est néanmoins, dans son principe même, infidèle à l'œuvre puisqu'elle consiste à faire sens avec ce dont Hugo lui-même n'a pas voulu faire sens : la succession chronologique des poèmes. S'il les publie dans des recueils, et non dans l'ordre de leur écriture, peut-être a-t-il ses raisons pour cela. Restituer la logique de l'écriture dans sa succession – outre que cela repose nécessairement sur de l'invérifiable – c'est aller contre la logique du texte voulu par Hugo. D'autre part, dans le cas présent, l'analyse tend à faire parcourir à Hugo, à grande vitesse, à peu près toutes les positions du moi et du sujet lyrique qui se manifestent dans toute l'œuvre. Il s'agissait de mettre à jour la pertinence d'une entreprise poétique datée, et l'ont finit par conclure qu'elle recommence toutes les entreprises précédentes. Enfin, dans le détail de la démarche, les extrapolations sont parfois audacieuses. La "dérive mythologico-poétique qui affecte Hugo depuis Ixion" et qui est censée se poursuivre dans Pensées de nuit n'a, en réalité, été observée que dans Ixion. Est-il de bonne logique d'établir une "dérive" sur un seul point et de confirmer une interprétation – celle de Ixion – par une autre qui, elle-même, ne s'autorise que de la première?

J. Seebacher apprécie beaucoup l'idée de "x" dans "Ixion". Il se demande seulement pourquoi l'interprète n'a pas vu le "on".

P. Laforgue, un peu fatigué par un long exposé et peut-être étonné de cet entrain critique, observe qu'il n'a pas détruit d'ensemble constitué.

C. Millet ne laisse pas dire sans réagir que la nouvelle série de La Légende des Siècles n'est pas un ensemble constitué. L'ordre de La Légende de 77 est aussi concerté que celui de La Légende de 59, mais il ne dit pas les mêmes choses. Comment en serait-il autrement après la Commune ? Le Satyre était au milieu de La Légende de 59; Le Titan est au début de celle de 77 – non sans raison.

J. Seebacher conclut le débat en disant, beaucoup mieux que je ne l'écris, que la grand-paternité est passage à l'universel ; on est père d'un enfant, grand-père de tous.

 Guy Rosa


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