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Séance du 9 février 2008

Présents : Josette Acher, Chantal Brière, Brigitte Buffard-Moret, Pierre Burger, Françoise Chenet, Stéphane Desvignes, Jean-Marc Hovasse, Pierre Georgel, Delphine Gleizes, Caroline Julliot, Hiroko Kazumori, Claude Millet, Claire Montanari, Sébastien Mullier, Florence Naugrette, Yvette Parent, Guy Rosa, Denis Sellem, Mélanie Voisin, Vincent Wallez, Choï Young


Informations

Textes et publications :

 

Claude Millet signale que Victoria Tebar donne à la bibliothèque du XIXe siècle un article qu'elle a intitulé : « Dessins de Victor Hugo comme apport aux recherches expressives des paysages romantiques.

Le catalogue de la dernière exposition de la Maison de Victor Hugo, L'esprit de la lettre, a été primé au concours des plus beaux livres français.

Guy Rosa annonce que les éditions de L'Équateur ont entrepris de publier l'intégralité de L'Histoire de France de Michelet. Paul Viallaneix et Paule Petitier en feront les présentations.

 

Expositions :

 

La fondation de l'Hermitage, à Lausanne, présente, jusqu'au 18 mai, une exposition sur  « les dessins visionnaires de Victor Hugo ». La plupart des dessins qui y sont présentés viennent de la Maison de Victor Hugo.

La prochaine exposition de la Maison de Victor Hugo aura lieu en octobre 2008 et aura pour titre : « Les Misérables, roman inconnu ». Vincent Gille en sera le commissaire.

 

Journée d'étude :

 

La journée d'étude sur l'anti-romantisme, qu'organise Claude Millet, aura lieu le 14 mars 2008 aux Grands Moulins en salle 789 C de 10h à 17h30.

 

Quelques informations à propos de la Maison de Victor Hugo :

 

La Maison de Victor Hugo collabore désormais avec  « Lire dans le noir », association qui a pour but d'enregistrer des livres sonores.

Elle participera activement aux dix ans du Printemps des Poètes en s'attachant à « l'éloge de l'autre ».

Elle vient de lancer un audioguide. Les visiteurs de la Maison de Victor Hugo pourront ainsi entendre la voix de Jean-Claude Carrère.

 

Divers :

 

La bibliothèque du XIXe siècle est en train de déménagerdans de plus vastes locaux.

Guy Rosa, ayant heureusement oublié ses listes, commente de mémoire la statistique de fréquentation du site du Groupe Hugo pour l'année 2007. En tête, pour les auteurs, Ludmilla Charles-Wurtz et Florence Naugrette avec quelque chose comme 27000 appels à leurs articles et communications -nombreux, il est vrai. La pertinence des chargements n'est peut-être pas toujours de la plus haute scientificité : les articles portant sur Claude Gueux sont fréquemment consultés, sans doute parce qu'il est étudié dans les collèges ; de même, récemment, pour tout ce qui concerne Les Misérables. L'an dernier, c'était le théâtre. N'empêche. Le site transfère chaque jour un volume de données proche de celui de la totalité de ses fichiers : qu'on imagine une bibliothèque qui prêterait, chaque jour, la totalité de son fonds !

Denis Sellem, poursuivant une discussion lancée lors de la séance précédente, évoque une lettre testamentaire de Juliette Drouet datée du 26 février 1864. Dans cette lettre, Juliette exprime ses craintes quant à la cupidité de ses héritiers. Guy Rosa rappelle que le testament de Juliette est connu et bien plus tardif. Il était visible dans l'exposition sur Juliette Drouet à la Maison de Victor Hugo.

Denis Sellem raconte également qu'il a retrouvé une lettre du vice-consul de France à Guernesey, dans laquelle il avertit qu'il a visité Hauteville-House et que Hugo prévoit de s'y installer définitivement. On trouve cette lettre dans les archives diplomatiques de Nantes.

 


Communication de Sébastien Mullier  : Splendeur de l'Eden. Hugo néo-platonicien (voir texte joint)


Discussion

 

L'alexandrin et la césure chez Hugo :

 

GUY ROSA : Quelques détails : vous avez évoqué les « Proses philosophiques » comme s'il s'agissait d'une ouvre constituée de V. Hugo. Vous n'êtes pas le premier et nous allons finir par regretter ce titre qui n'est pas de lui et ne fait que réunir, pour l'édition « Bouquins » les textes « philosophiques » écrits entre 1860 et 1865 dans la foulée de la « Préface philosophique » et de William Shakespeare.

Vous avez semblé donner, au cours de votre communication, l'expression « précession des équinoxes », pour une invention de Hugo ; c'est un terme technique courant en astronomie.

Enfin, personne n'a jamais placé une césure, ni même un souvenir de césure, au milieu d'un mot. Vous confondez accent et coupe.

BRIGITTE BUFFARD-MORET : La place où l'on indique la césure fait l'objet d'une grande discussion chez les métriciens. C'est ainsi que, selon les uns, lorsqu'un « e » élidé se trouve à la fin du premier hémistiche, la césure se situe à la fin du mot ; selon les autres, elle se note avant le « e » muet, donc au milieu du mot.

Il vaudrait mieux alors parler de césure suspensive.

CLAUDE MILLET : J'ai, moi aussi, été gênée par votre système de notation et de scansion du vers. Il faudrait que vous le revoyiez parce qu'il n'est pas clair. De toutes les façons, les doubles lectures de l'alexandrin (césure fixe/mobile) se retrouvent dans toute la poésie de Hugo.

BRIGITTE BUFFARD-MORET : Hugo ne cesse de parler de césure mobile. Cette discussion me fait penser à ce que dit Morier sur Verlaine et la façon qu'il a de jouer avec les césures suspensives. Verlaine déplace les césures car, « chose délicieuse entre toutes », cela perturbe le lecteur. Ses contemporains étaient habitués au rythme de l'alexandrin et ce jeu sur les césures les obligeait à percevoir autrement le vers et à aller vers plus de naturel. Je pense qu'il faut sans cesse avoir deux lectures superposées. « Hors » se trouve bien à la césure, mais le vers nous invite également à lire différemment la césure.

CLAUDE MILLET : Certes, mais je pense qu'il faut travailler à partir de l'alexandrin, ce que fait d'ailleurs Hugo. Il faut s'imprégner du rythme de l'alexandrin pour pouvoir ensuite mener une autre lecture, prosaïque, dysrythmique. Se priver de la lecture de l'alexandrin comme alexandrin, c'est aller à l'encontre de toutes les réflexions de Hugo sur ce vers.

 

Hugo et ses sources philosophiques :

 

CLAUDE MILLET : Vous avez raccroché Hugo à toute une nébuleuse philosophique idéaliste, qu'il ne connaît guère, même à travers Victor Cousin. Il y a là une association peu motivée. Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas de relation intertextuelle avec des textes antérieurs au XIXe évidemment. Certes, Hugo est hanté par le souvenir de Milton - et celui de Lucrèce, deux auteurs qu'il connaît intimement. Mais il est aussi influencé par l'histoire des sciences, par la réflexion scientifique de l'époque sur ce qu'est la Genèse et aussi par la politique vaticane autour de la notion d'immaculée conception. Il s'appuie sur une histoire plus concrète et plus immédiate que la nébuleuse philosophique à la quelle a posteriori on peut raccrocher le spiritualisme Il convient de s'interroger sur ce que c'est historiquement que la réécriture d'une genèse vers 1850.

JOSETTE ACHER : Vous avez parlé de la natura naturans dans votre communication. Faisiez-vous référence à Spinoza ?

SEBASTIEN MULLIER : Non. Il ne s'agissait que d'un point de détail. Je n'ai pas centré mon intervention autour de Spinoza.

CLAUDE MILLET : Je pense à un séminaire sur l'animal, que j'organise avec Paule Petitier. Nous avons, lors de la dernière séance, accueilli Jean-Luc Guichet, philosophe et auteur de Rousseau, l'animal et l'homme. Il nous a parlé de l'empiriste Berkeley. Paule Petitier lui a demandé si, à partir du moment où l'on considérait que tout était dans l'esprit et qu'il n'y avait pas de matière, cela ne revenait pas à dire qu'au fond, tout était matière. Elle pensait évidemment à Michelet en posant cette question. Hugo et Michelet, basculent sans cesse de la dématérialisation spiritualiste à la rematérialisation de l'esprit (spiritualisme et naturalisme).

 

Lecture de la Genèse :

 

GUY ROSA : Votre lecture de la Genèse lui fait représenter la Création comme parfaitement calculée et ordonnée. Elle déplace le « Et Dieu vit que cela était bon » à la toute fin du processus. Ce n'est pas exact : Il y met six jours et constate que c'est bien à la fin de chacun ; mais ce ne devait pas l'être tant que cela puisqu'Il s'y remet le lendemain. On ne s'y prend pas ainsi pour créer un monde parfait et intangible. La création peut-elle l'être d'ailleurs ? Lui seul est parfait et intangible. La preuve, c'était raté et Il détruit toute la création au Déluge -lequel ne laisse plus, comme au début, que l'esprit de Dieu planant sur les eaux. Au reste, il y a deux récits de la Genèse dans la Bible et non un seul.

 Claire Montanari


Equipe "Littérature et civilisation du XIX° siècle", Tour 25 r.d.c., Université Paris 7, 2 place Jussieu, 75005 Tél. : 01 57 27 63 68. Bibliothécaire : Mle Ségolène Liger.