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Séance du 19 janvier 2008

Présents :Josette Acher, Stéphane Arthur, Patrick Berthier, Marianne Bouchardon, Brigitte Buffard-Moret, Véronique Cantos, Françoise Chenet, Françoise Court-Pérez, Bénédicte Duthion, Pierre Georgel, Jean-Christophe Héricher, Jean-Marc Hovasse, Hiroko Kazumori, Arnaud Laster, Franck Laurent, Maggy Lecomte, Loïc Le Dauphin, Sylvain Ledda, Claude Millet, Claire Montanari, Sébastien Mullier, Florence Naugrette, Yvette Parent, Guy Rosa, Denis Sellem, Sylvie Vielledent et Choï Young.


Florence Naugrette présente à l’assemblée ses étudiants qui travaillent sur la correspondance de Juliette Drouet : Véronique Cantos, Jean-Christophe Héricher, Maggy Lecomte et Bénédicte Duthion.

Informations

Festival Hugo et Egaux :

Arnaud Laster présente le programme du festival Hugo et Egaux qui aura lieu du 1er février au 1er mars à Paris, Créteil, Le Perreux, Villequier, Lausanne, Valencia et Londres, et qui s’attachera à Hugo et à Voltaire.

Le festival a établi un partenariat avec l’INA, ce qui lui permet de projeter des archives de films ou de pièces de théâtre antérieurs à 1981.

 

Publication :

Guy Rosa signale la publication de l’ouvrage de Pierre Georgel intitulé 1850, Le Burg à la croix, paru aux éditions de Paris Musées. Pierre Georgel y développe, en l’étendant à toute l’œuvre graphique de l’année 1850, l’analyse du Burg à la croix présentée dans son intervention au colloque du musée d’Orsay, L’œil de Victor Hugo. L’ouvrage comporte l’inventaire des dessins et lavis de 1850 et donne, en annexe, les lettres de Juliette Drouet relatives à cette activité de peintre –plus encore que de dessinateur- qui occupe Hugo pendant l’été 1850 presque exclusivement (il avait demandé un « congé » de l’Assemblée législative).

Pierre Georgel indique qu’il entend maintenant achever son « catalogue raisonné de l’œuvre graphique de Hugo », entrepris et nourri depuis longtemps, et qu’il réunit, parallèlement, le corpus des informations, même allusives, que donnent sur ces dessins les écrits de Hugo et de son entourage. Il comprend déjà plus de six cents « items ».

Il signale, pour la curiosité de la chose, que son travail est maintenant compliqué par l’activité de faussaires de plus en plus habiles et nombreux. Dans le catalogue de l’exposition Cet immense rêve de l’océan…, Paysages de mer et autres sujets marins, il avait publié la photographie de paysages peints par Hugo et disparus. Certains ont réapparu après l’exposition –exécutés d’après les photos. Pierre Georgel a ainsi recensé une centaine de faux, circulant dans les ventes.

 

Guy Rosa signale aussi qu'il a achevé et placé sur le site son "édition critique et génétique" des Misérables. C'est accessible via "Textes et documents" > "textes de Hugo et documents" ou, directement, par http://www.groupugo.univ-paris-diderot.fr/Miserables . Il manque encore à la notice une 3° partie de commentaires proposant quelques observations tirées de la comparaison des trois états textuels de l'oeuvre -l'initial, celui des Misères et le définitif; il y a surtout, très probablement, beaucoup de fautes, que G. Rosa corrigera illico si on veut bien les lui signaler, ce dont il remercie d'avance. De même pour les appréciations si elles sont élogieuses et/ou utiles.

 

Discussion :

Arnaud Laster évoque la formule qui constitue le logo de la Société des Amis de Victor Hugo, « Aimer, c’est agir ». On dit que Hugo aurait inscrit cette devise en mai 1885, juste avant sa mort, et que ce serait son dernier écrit. Elle n’apparaît cependant pas sur le carnet de cette période, et lui-même en connaît au moins deux exemplaires, l’une à la « Maison Littéraire de Victor Hugo » à Bièvres, et l’autre était présente chez Jean Hugo. Hugo aurait-il écrit devise plusieurs fois, comme son « Hierro » pour Hernani ?

JEAN-MARC HOVASSE : Les catalogues de ventes de manuscrits offrent plusieurs petits rectangles de papier bleu portant cette phrase..

 


Communication de Florence Naugrette : Les lettres de Juliette Drouet à Victor Hugo à l'époque de la publication des Misérables (septembre 1861 - juillet 1862) (voir texte joint)


Claude Millet remercie chaleureusement l’oratrice.

Discussion

DENIS SELLEM : Vous évoquiez dans votre communication un certain « consul ». Il me semble que Juliette Drouet faisait référence au consul de France à Guernesey, chargé d’espionner la proscription française, Hugo en particulier. Ses rapports apparaissent dans les archives du quai d’Orsay.

Question d’intimité :

PIERRE GEORGEL : Difficile d’éviter la question des rapports sexuels entre Hugo et Juliette. Qu’en est-il pour la période que vous avez étudiée ?

FLORENCE NAUGRETTE : Rien. Du moins n’y a-t-il rien, dans les lettres de Juliette, qui le laisse entendre. Peut-être avaient-ils des relations plus intimes lors de leurs voyages ; Juliette, ayant Hugo à ses côtés, n’aurait pas eu besoin de les évoquer par lettre.

CLAUDE MILLET : Je me souviens d’un spectacle de Charlotte de Turckheim qui avait mis en scène certaines des lettres de Juliette Drouet. Elle faisait entendre la voix d’une femme parfois frustrée, en tout cas pas comblée…

PIERRE GEORGEL : Leurs relations cessent relativement tôt, avant même la période de l’exil. On connaît les lettres où Juliette s’en plaint. Parfois avec drôlerie, sinon gaîté.

FLORENCE NAUGRETTE : Dans la période que j’ai étudiée, Juliette exprime ses fantasmes, laisse aller son imaginaire, mais elle ne se plaint pas et ne semble pas frustrée.

GUY ROSA : La « sexualité » et, pour dire moins mal la sensualité, sont choses compliquées, variables selon les personnes, les moments de la vie et aussi selon l’histoire. Le regard, l’imaginaire et le souvenir y participent autant que « sexe » proprement dit. Que se passait-il entre Hugo et Juliette ? Rien de désagréable sûrement. Et peut-on, doit-on, en dire plus ?

La fantaisie des lettres :

PATRICK BERTHIER : Dans les lettres de Juliette que vous avez citées, j’ai remarqué qu’elle alternait souvent entre le « tu » et le « vous » pour s’adresser à Hugo. Y a-t-il une logique là-dessous ?

FLORENCE NAUGRETTE : Non, je ne pense pas. Juliette cherche plutôt à créer un effet ludique. Elle va même parfois jusqu’à utiliser les deux pronoms dans la même phrase.

ARNAUD LASTER : Je voudrais plaider pour la publication intégrale des lettres de Juliette. Les commentaires qu’on en fait sont souvent très réducteurs parce qu’on n’a pas accès à l’ensemble de sa correspondance. Les intéressés, eux, la connaissaient et savaient ce qu’ils avaient écrit ou reçu. Florence nous a restitué la vie quotidienne de Juliette dans toute sa diversité.

PIERRE GEORGEL : Contrairement à ce que l’on dit souvent, les lettres de Juliette ne sont pas le moins du monde ennuyeuses. Elles sont pleines de fantaisie et d’enchantement.

Sur l’influence de Juliette dans les écrits de Hugo :

CLAUDE MILLET : Juliette, tu l’as montré, cite des textes de Hugo. Qu’elle évoque Les Misérables n’est pas surprenant dans la mesure où elle est en train d’en effectuer la copie. Mais elle cite aussi des pièces de théâtre, et en particulier Ruy Blas. Je me demande à quel point le « style Juju » n’innerve pas les textes de Hugo eux-mêmes. Elle a une manière un peu canaille de faire de l’esprit, de métaphoriser dans le concret ou dans le corps, dans les animaux, elle a une poésie pleine de fraîcheur et de gouaille. Elle prend en charge un certain parler populaire aussi.

GUY ROSA : Tout à fait. Dans un lointain colloque, sur l’emploi du vers et dela prose dansle théâtre de Hugo, j’avais suggéré que Hugo ne savait pas faire parler les femmes jusqu’à ce que Juliette le lui apprenne. De là peut-être la répartition du vers et de la prose. Les personnages principaux des pièces versifiées sont des hommes ; ceux des pièces en prose sont des femmes. Hugo ne sait faire parler les femmes qu’en prose parce qu’il n’entend de voix féminine que parlant en « style Juju », qui est en prose. C’est vrai du roman également (à l’exception de Josiane) : Esmeralda n’est pas bavarde. Me succédant à la tribune, le professeur J.-L. Backès avait qualifié cette proposition de calembredaine.

ARNAUD LASTER : Il avait bien raison. Dona Sol et Marion existent.

GUY ROSA : Et se taisent les trois quarts du temps. Est-il défendu de penser que Hugo ne sait pas écrire certaines choses et trouve moyen de compenser cette faiblesse ?

ARNAUD LASTER : Gérard Pouchain nous promet de démontrer que le style de Juliette est passé jusque dans Ruy Blas. Il s’agit pourtant d’une pièce en vers. Le langage de la reine y est très remarquable, d’un grand naturel.

GUY  ROSA : Le rôle n’était-il pas écrit pour Juliette ?

FRANCK LAURENT : Mais pas celui de Doña Sol.

CLAUDE MILLET : C’est justement ce qui me frappe. Tout se passe comme si le « style Juju » de Hugo anticipait sa rencontre avec Juliette. La circulation entre Juliette et les personnages féminins des textes de Hugo semble se faire dans les deux sens. Hugo a trouvé dans la vie réelle un de ses personnages, qui est rentré ensuite à nouveau dans son œuvre. Il ne cherche pas seulement à recréer un type de langage de personnage féminin un peu populaire. Les femmes de La Comédie Humaine, par exemple, ne s’expriment pas de la même façon. Les lettres de Juliette sont presque la réalisation d’une œuvre de Hugo ; elle s’exprime comme une création de son « Toto ».

ARNAUD LASTER : J’ai travaillé, dans le catalogue de l’exposition consacrée à Juliette, sur ce qui, dans le théâtre hugolien, me semblait pouvoir provenir de sa maîtresse. J’ai retrouvé le même type de phénomène dans les extraits des lettres que vous avez citées aujourd’hui. Juliette écrit par exemple : « Voilà mon histoire naturelle ». On retrouve exactement la même formule dans Mille francs de récompense.

PIERRE GEORGEL : Hugo travaillait toujours ainsi et Juliette n’est pas la seule à qui il emprunte. Il note, par exemple, des mots d’enfants et les utilise.

Sur la conservation des manuscrits :

YVETTE PARENT : Qui a conservé les lettres de Juliette ?

JEAN-CHRISTOPHE HERICHER : D’après Gérard Pouchain, Hugo aurait rendu à Louis Koch, après la mort de Juliette, les lettres qu’elle lui avait écrites. Paul Souchon explique que Louis Icart a vendu ensuite dix-huit mille lettres à la Bibliothèque Nationale.

PIERRE GEORGEL : Oui. Je me souviens que, dans les années 60, nous faisions une campagne, lancée par Jacques Seebacher, pour que les lettres, mises en vente, restent dans le domaine public et soient achetées par la BN. Annie Ubersfeld, Jean Gaudon, Jean Massin, tout le monde s’y était mis.

La tradition, au XIXe siècle, était effectivement que le destinataire ne conserve pas les lettres qu’il avait reçues, mais qu’il les lègue aux ayants droit de son auteur. C’est ainsi que les lettres de Léopoldine à sa famille se sont retrouvées dans la famille Vacquerie (j’ai publié cette correspondance en 1971 chez Klincksieck) et c’est ce principe que Hugo invoque, dans le « Testament littéraire », lorsqu’il demande la publication de sa propre correspondance.

Sur la régularité de la correspondance de Juliette :

GUY ROSA : Le fait que Hugo se soit fait écrire par Juliette une lettre quotidienne ne va pas tout à fait de soi. Les amoureux écrivent volontiers, on le sait, mais pas sur commande. On a souvent stigmatisé, naguère, cette exigence comme une forme d’esclavage. Ce pouvait être au contraire une manière de lui faire faire ce qu’il faisait lui-même, écrire, tous les jours. Sur le même papier d’ailleurs. Plus tard, autour de lui, tout le monde se consacre à l’écriture –même Adèle, un temps.

On peut néanmoins se demander d’où lui vient l’idée de cette correspondance quotidienne. S’agit-il d’un usage amoureux, social ? Religieux, pourquoi pas ? Pour les prêtres, c’est la lecture quotidienne –le Bréviaire ; dans certains ordres monastiques, l’écriture quotidienne fait partie de la règle.

PIERRE GEORGEL : Sans doute cette écriture régulière s’approche-t-elle de la pratique du journal.

GUY ROSA : Certes, mais il y a ici un destinataire. L’écriture du journal intime n’est d’ailleurs pas toujours soumise à la contrainte quotidienne.

PIERRE GEORGEL : Il s’agissait en tout cas d’une pratique courante pour gens inoccupés et qui n’avaient pas nécessairement de prétention littéraire.

GUY ROSA : Il faudrait en effet chercher à situer cette exigence d’écriture régulière dans les pratiques sociales et religieuses de l’époque. Je me demande ce que signifie le mot « restitus », que Juliette emploie souvent apparemment. Que signifie-t-il et d’où vient-il ? Est-ce un mot inventé par Hugo ?

FLORENCE NAUGRETTE : Il y a des jours où Juliette n’a rien à dire et où elle se plaint d’avoir à écrire une lettre indigente. Elle parle cependant souvent de sa « chère restitus », qui est d’ailleurs très réglée. Le 18 octobre, par exemple, Hugo décide de limiter le nombre de pages qu’il lui avait accordées. Juliette doit écrire deux pages par jour au lieu de quatre, et lui envoyer ses lettres tous les deux jours. Juliette tient ce rythme pendant deux jours, mais est désespérée de cette nouvelle règle. Elle obtient finalement de revenir à ses quatre pages quotidiennes.

Ce changement dans la demande de Hugo apparaît au moment où Juliette a des problèmes oculaires. Sans doute Hugo cherchait-il à épargner ses yeux. Peut-être y a-t-il aussi une question de papier. Juliette parle des choix qu’elle a à effectuer parmi les feuilles de papier qu’il lui laisse. Elle préfère les plus grandes.

CLAUDE MILLET : Elle n’écrit pas seulement lorsqu’elle est séparée de Hugo. Elle écrit même pendant les voyages qu’ils font ensemble, à sa demande (Gérard Pouchain a récemment publié ses notes prises durant le voyage en Espagne, et d’autres issus d’autres « escapades ». Sans doute l’écriture fait-elle aussi partie de sa relation érotique à Hugo.

Je me souviens de la maîtrise de Pascale Devars. Elle était allée visiter la maison de Juliette à Guernesey et avait remarqué qu’il restait sur les murs un certain nombre de graffitis de la main de Hugo. Il y avait chez lui une sorte de manie d’écriture.

GUY ROSA : Entre Hugo et Juliette, il y a, assez visiblement, une entreprise, réussie, de fabrication d’un amour héroïque. La correspondance y participe aussi naturellement (Héloïse et Abélard, la Religieuse portugaise, Julie et Saint-Preux) que, dans d’autres cas, l’escalade des balcons. Reste cependant l’astreinte. Qu’indique peut-être le « restitus ».

Juliette copiste :

ARNAUD LASTER : Tu as parlé du « Quémand » dans ton intervention. De qui s’agit-il ?

FLORENCE NAUGRETTE : C’est un mendiant, comme dans Quatreving-Treize.

CLAUDE MILLET : Dans le roman, cela s’écrit comme l’animal, « caïman ».

FLORENCE NAUGRETTE : D’après la lettre que je vous ai citée, Hugo fait croire au mendiant que Juliette corrige à elle seule toutes les épreuves des Misérables.

PIERRE GEORGEL : Cette anecdote est curieuse… on voit mal pourquoi Hugo ferait des confidences sur son travail à un mendiant. Peut-être « Le Quémand » est-il un surnom pour une de leurs connaissances…

GUY ROSA : Tu parles des corrections de Juliette… Sa copie est souvent mauvaise. Le manuscrit des Misérables est presque entièrement autographe ; mais à quelques reprises le texte est doublé par des copies de Juliette. On s’aperçoit alors qu’elle fait beaucoup de fautes, que Hugo corrige. Jean-Marc Hovasse dit cependant qu’elle n’est pas la plus mauvaise copiste.

JEAN-MARC HOVASSE : Victoire Étasse était en effet bien plus maladroite.

PIERRE GEORGEL : Tu évoques des bribes. Pourtant, d’après les carnets de Hugo, elle copie beaucoup. Hugo note par exemple qu’elle a sauté un grand passage et il s’emporte contre la sottise de la copiste.

GUY ROSA : Sans doute, mais les copies sont envoyées chez l’imprimeur. Ne restent dans le manuscrit que des copies elles-mêmes copiées pour envoi.

Tu évoquais, dans ton intervention, une lettre de Juliette demandant à Hugo si elle pouvait corriger directement manuscrit lui-même. Il n’a pas dû accepter : il n’y a pas, à ma connaissance, de correction de Juliette sur le manuscrit de Hugo.

PIERRE GEORGEL : Comment les copistes travaillaient-elles ? Se partageaient-elles la tâche ou s’y attelaient-elles ensemble ?

FLORENCE NAUGRETTE : Juliette a travaillé quelque temps avec une jeune copiste. D’après ce que ses lettres laissent entendre, Juliette déchiffrait et la petite copiait sous sa dictée, puis Juliette la relisait et corrigeait. Elle trouvait d’ailleurs que ce type d’organisation du travail le ralentissait beaucoup.

PIERRE GEORGEL : Que veut-elle dire exactement quand elle parle de « collationner » ?

FLORENCE NAUGRETTE : Elle utilise ce terme lorsqu’elle confronte copie et manuscrit.

Problèmes de lecture et d’édition de la correspondance :

FRANCOISE CHENET : Tu as évoqué tout à l’heure une expression de Juliette, « dormir comme deux noirs ». Ne serait-ce pas plutôt « dormir comme deux loirs » ?

FLORENCE NAUGRETTE : Il s’agit sans doute d’un jeu de mots car le « n » est vraiment lisible.

JEAN-CHRISTOPHE HERICHER : J’ai retrouvé la même expression dans la période de la correspondance que j’analyse. En janvier 1870, Juliette écrit à Hugo : « J’ai dormi comme six noirs très forts ».

GUY ROSA : Tu soulèves un des problèmes de la correspondance : son caractère allusif. Comment décrypter la correspondance de personnes qui se voient et se parlent tous les jours –c’est déjà malaisé lorsqu’elles sont éloignées. Et cela peut jouer dans les deux sens : on s’est dit les choses importantes et l’on écrit par jeu ; ou l’inverse. Surtout, cela rend problématique la correspondance elle-même : conversation poursuivie plus que correspondance proprement dite. Cela fait le prix de ces lettres, dans leurs obscurités mêmes.

PIERRE GEORGEL : Peut-on espérer qu’un jour soient éditées toutes les lettres que vous êtes en train de déchiffrer ?

FLORENCE NAUGRETTE : Le site du Groupe Hugo nous est bien sûr ouvert. Gérard Pouchain est, en outre, en relation avec une maison d’édition.

PATRICK BERTHIER : À combien de pages en typographie normale équivaudrait une lettre de Juliette ?

FLORENCE NAUGRETTE : Elle prendrait, je pense, une vingtaine de lignes… mais Juliette a écrit tous les jours pendant cinquante ans. Sa correspondance intégrale occupe un volume considérable. ( à 1500 signes par jour et pour 18000 lettres = 27 millions de signes : plus de dix fois Les Misérables. NDLR) C’est pourquoi on n’a publié, jusqu’à aujourd’hui, que des morceaux choisis. Il serait très utile de pouvoir consulter l’ensemble de sa correspondance.

  Claire Montanari


Equipe "Littérature et civilisation du XIX° siècle", Tour 25 r.d.c., Université Paris 7, 2 place Jussieu, 75005 Tél. : 01 57 27 63 68. Bibliothécaire : Mle Ségolène Liger.