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Séance du 17 juin 2006

Présents : Simon Bournet, Chantal Brière, Brigitte Buffard-Moret, David Charles, Françoise Chenet-Faugeras, Bernard Degout, Marguerite Delavalse, Bénédicte Duthion, Mireille Gamel, Jean-Marc Hovasse, Franck Laurent, Bernard Le Drezen, Anne Maurellet, François Maille, Jean Maurice, Claude Millet, Claire Montanari, Florence Naugrette, Yvette Parent, Marie Perrin, Annette Rosa, Guy Rosa, Anne Ubersfeld, Sylvie Vielledent, Vincent Wallez.
Excusés: Josette Acher, Olivier Decroix, Loïc Le Dauphin, Sandrine Raffin, Sylviane Robardey, Jean-Pierre Reynaud, Jacques Seebacher, Agnès Spiquel, Delphine Van de Sype.


Le groupe Hugo, qui se donnait rendez-vous tous les mois de juin chez Anne Ubersfeld, se réunit, pour cette dernière séance de l’année, chez Florence Naugrette et Jean Maurice, dans le cadre verdoyant de la Normandie, heureux changement des tours et des sous-sols de Jussieu. La séance, champêtre et cependant sérieuse, s’ouvre solennellement sur la passation de pouvoir de Guy Rosa, responsable du Groupe Hugo, à Claude Millet. Quoique avec solennité, il ne le fait pas à la manière des empereurs romains désignant leur successeur : notre Groupe, partie prenante dans l’équipe « Littérature et civilisation du 19° siècle », a naturellement pour responsable l’un des professeurs de cette équipe, hugolien de préférence. Claude Millet n’a pas été élue pour ses qualités seulement mais bien afin de conduire les activités hugoliennes implantées et accueillies à Paris 7. Elle prend ainsi, tout naturellement, la suite du travail de Pierre Albouy, Jacques Seebacher et moi-même et nous nous succédons, non comme « chefs » ou « directeurs » mais quasi cursores lampada trahunt.

Cette continuité a plusieurs valeurs. Scientifique d’abord : une mémoire vivante des travaux antérieurs n’est pas inutile ; institutionnelle aussi : une Université gagne en réputation et en identité à être longuement reconnue comme centre d’une activité scientifique ; humaine et sociale également : s’il était une famille, le Groupe Hugo serait une famille à trois ou quatre générations. Dans le cas, une admirable régularité s’y ajoute : Claude Millet a quinze ans de moins que Guy Rosa qui en a quinze de moins que Jacques Seebacher.

Mais, pérore Rosa, nous n’avons pas à attendre le réveil de l’Empereur ; dans notre Burg souterrain, V.H. est vivant. (Sensation prolongée)

Informations

Publication : 

Florence Naugrette informe de la publication d’une somme collective, chez Champion : La Fabrique du Moyen-Age au XIXème siècle. Elle a elle-même participé à la conception de l’ouvrage, dont elle a rédigé deux articles en collaboration avec Jean Maurice.

 

Colloques, conférences et spectacles :

Guy Rosa communique avec les excuses de Loïc Le Dauphin pour son absence le motif de celle-ci : il fait jouer une adaptation de Lorenzaccio de Musset et est en tournée théâtrale avec ses élèves. Ils joueront à Paris les 21, 22 et 23 juin.

Florence Naugrette cherche un hugolien pour participer à un  colloque qui se tiendra à Aix en juin 2007 et qui portera sur les fantasmagories du Moyen Âge. Sylvie Vielledent et Chantal Brière se proposent de travailler ensemble sur le sujet.

Chantal Brière, seule cette fois-ci, interviendra dans un colloque portant sur « L’écrivain et le modèle archéologique au XIXème siècle » qui aura lieu à Nîmes les 3, 4 et 5 juillet ; elle parlera de Quatrevingt-Treize.

 

Préparation des prochaines séances :

Florence Naugrette suggère d’inviter Sylvain Ledda, auteur d’une thèse brillante récemment soutenue sur la représentation de la mort dans le théâtre romantique, à présenter une communication sur ce sujet, restreint évidemment au théâtre de Hugo. Dans sa thèse, Sylvain Ledda a en particulier étudié la mise en scène de Lucrèce Borgia en 1833 ; il observe  qu’elle avait volontairement accru le spectaculaire et le macabre, concession aux goûts du public de la Porte Saint-Martin.

 

Invitée par G. Rosa à faire connaître, si elle le souhaite, ses réflexions et projets quant à l’activité du Groupe, C. Millet ne pense pas l’heure venue. Elle propose cependant de réunir tout ou partie, et plus vraisemblablement partie, des communications d’une année autour d’un thème central. Mais l’incitation d’une demande n’exclut pas l’accueil de l’offre et il lui paraît souhaitable que les collègues et étudiants au travail puissent s’exprimer sur leurs travaux en cours.

Quant au thème central qui pourrait être adopté, l’idée de continuer sur la lancée de l’exposé de Sylvain Ledda rencontre approbation, mais aussi objection : après la mort dans Les Misérables  et la même mort, à moins que c’en soit une autre, dans le théâtre des années 30, on aurait la mort dans la poésie d’avant l’exil, de l’exil, dans Actes et Paroles, etc. Inconvénient commun à tous les sujets thématiques : la mécanique marche et il y a toujours à dire, mais sans aucune nécessité propre.

Claude Millet suggère donc de travailler sur une année particulière et pertinente dans l’œuvre et la vie de Hugo. Cela permet de faire converger des recherches originées dans des méthodes ou des points de vue très différents, aspect inévitable, et bon, du travail d’un groupe sur un auteur. L’année 1832 lui semble intéressante : s’y rencontrent des questions politiques et idéologiques bouillonnantes (affaire Lamennais, insurrections, interventions extérieures de l’armée française, installation des saint-simoniens en communauté, bientôt interdite et dissoute, à Ménilmontant et le premier numéro du Phalanstère, la mort de Napoléon II qui fait de L.N.B. le « prétendant » légitime, l’équipée de la duchesse de Berry) et, du côté de Hugo, plusieurs circonstances importantes : nouvelle Préface pour Le Dernier Jour d’un condamné, contrat pour Littérature et Philosophie mêlées, exécution de Claude Gueux et première rédaction du livre, contrat pour un nouveau roman en deux volumes avec Renduel (celui qui empoissonnera l’existence de Hugo jusqu’à l’exil et après), rédaction, interdiction et procès du Roi s’amuse, rédaction de Lucrèce Borgia.

FRANCK LAURENT : Il me semble qu’il serait encore plus intéressant de travailler sur l’année 1831 qui est très fructueuse pour Hugo puisqu’il publie à la fois Marion Delorme, Les Feuilles d’automne et Notre-Dame de Paris. Il ne publie en revanche aucun recueil en 1832.

CLAUDE MILLET : On pourrait en ce cas aussi étudier la façon dont l’année 1831 est traitée dans Les Misérables.

MARIE PERRIN : Les lettres des correspondants de Hugo fourniraient en outre un angle d’approche intéressant.

CLAUDE MILLET : L’angle biographique mériterait en effet d’être abordé, tout comme la présence de Hugo dans la presse de cette époque.

FRANCK LAURENT : La première lettre de Joseph Bonaparte à Hugo date de cette année-là, avant la mort de l’Aiglon. Il lui en écrira une autre en 1833. Sans doute pourrait-on, pour élargir le champ de nos recherches, travailler à la fois sur 1831 et 1832.

CLAUDE MILLET : On parlerait alors de l’année « bien coupée, mal cousue » !

FLORENCE NAUGRETTE : Il est certain qu’au théâtre on ne raisonne pas par année mais par saison.

BERNARD LE DREZEN : C’est une période très riche. Il y a par exemple la condamnation de l’Avenir en 1832.

CLAUDE MILLET : A cela s’ajoute le choléra et l’insurrection.

FRANCK LAURENT : On qualifie les années qui vont de 1830 à 1834 d’ « époque sans nom ». 

CLAUDE MILLET : Après avoir étudié « l’époque sans nom », on pourrait s’attacher aux Années funestes et terminer par L’Année terrible !

GUY ROSA : Si l’on élargissait et prenait pour limites des dates pertinentes, cela irait de la Révolution à la rencontre de Juliette.

QUELQU’UN : Et l’on intitulerait : « De Juillet à Juliette »

On n’a jamais su le nom de l’homme qui avait parlé ainsi ; c’était quelque porte-blouse ignoré, un inconnu, un oublié, un passant héros, ce grand anonyme toujours mêlé aux grandes crises humaines et aux genèses sociales qui, à un instant donné, dit d’une façon suprême le mot décisif, et qui s’évanouit dans les ténèbres après avoir représenté une minute, dans la lumière d’un éclair, le peuple et Dieu.

 


Communication de Florence Naugrette : Ordre et désordre du théâtre romantique  (voir texte joint)


Applaudissements nourris. Seul Franck Laurent ose émettre une remarque :

Discussion

FRANCK LAURENT : Tout ce que tu as dit m’a semblé très juste. N’es-tu pas néanmoins un peu trop sévère à l’égard de la critique que tu appelles « libérale » ? Rémusat, dans la Revue française, me semble relativement compréhensif. J’ai l’impression que les critiques se raidissent surtout à partir de 1835. Avant cette date, la critique montre parfois la volonté d’être plus favorable.

FLORENCE NAUGRETTE : Tu as raison. J’ai tracé à grands traits ce qu’était la critique majoritaire à l’époque, mais il existe en effet une critique, minoritaire, qui n’est pas fondamentalement hostile au théâtre romantique.

 

Le soleil envahissant progressivement la tonnelle où l’assemblée s’était réunie, la séance se clôt ainsi –mais pas l’assemblée. On la rouvrira le 23 septembre.

 Claire Montanari


Equipe "Littérature et civilisation du XIX° siècle", Tour 25 r.d.c., Université Paris 7, 2 place Jussieu, 75005 Tél. : 01 57 27 63 68. Bibliothécaire : Mle Ségolène Liger.