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Séance du 21 juin 2003 à Marines

Présents : Guy Rosa, Anne Ubersfeld, Brigitte Buffard-Moret, Sandrine Raffin, Mireille Gamel, Ruska Haglund, Sylvie Vielledent, Colette Gryner, Josette Acher, Bertrand Abraham, Jean-Marc Hovasse, Ludmila Wurtz, Claude Millet, Franck Laurent, Loïc Le Dauphin, Marieke Stein, et des petits enfants.
Excusés: Chantal Brière, Isabelle Nougarede, Florence Naugrette, Bernard Degout, Stéphane Mahuet, Junia Baretto, Denis Sellem, Myriam Roman.

Informations

BD, catalogue, mémoire

G. Rosa fait circuler le (gros) catalogue Bicentenaire de la naissance de Victor Hugo - calendrier des manifestations, extrait du site du Ministère de la Culture –où il s’amuse beaucoup de trouver, entre autres manifestations curieuses, une « conférence-spectacle » de Jean-Marc Hovasse à Bruxelles.

Jean-Marc Hovasse fait circuler une BD sur la vie de Victor Hugo, par Habib Bouhaoual et Yves Mézières, parue aux éditions Habib Bouhaoual de Tunis.

G. Rosa achève de lire, avec le plus grand plaisir, le mémoire de DEA de Mireille Gamel, dont elle a présenté quelques aperçus –déjà fort intéressants, mais, au vu de l’ensemble, très incomplets- au Groupe Hugo, en avril. Le mémoire sera bientôt à la bibliothèque.

 

Colloques, interventions diverses

G. Rosa transmet au  Groupe deux appels d’offres pour colloques :

 

 Marie-Catherine Huet-Brichard, de l’Université de Toulouse et qui a participé à plusieurs travaux du bicentenaire, organise en janvier 2004 un colloque sur l’Ode (comme genre et/ou forme). Un intervenant hugolien y serait bienvenu.

 

L’Université de Paris X – Nanterre et L’Ecole Normale Supérieure organisent les 27, 28 et 29 janvier 2004 un colloque « La France et l’Angleterre au XIX° siècle, échanges, représentations, comparaisons ». On doit s’adresser (rapidement) à Sylvie Aprile, Ségolène le Men ou Fabrice Bensimon (bensimon@u-paris10.fr)

 

Plusieurs interventions au Groupe Hugo sont déjà prévues pour l’année prochaine. En janvier 2004, nous entendrons Victoria Tebar, jeune docteur de Barcelone qui a travaillé sur les techniques matérielles de dessin de Hugo (P. Georgel fait référence à ses travaux dans sa grande étude du Burg à la croix). Elle parlera de « La conception technique dans les dessins paysagistes de Hugo. »

L. Wurtz propose une communication d’une de ses étudiantes de maîtrise sur l’écriture de et dans l’Art d’être grand-père (à propos de questions d’intertextualité en particulier).

Quant à Franck Laurent, il parlera de l’Orient ou, plus probablement, de l’attitude du Rappel pendant la Commune –attitude de soutien critique, mais nettement moins critique que celle de Hugo lui-même.

Paule Petitier présentera une étude, assez vertigineuse dit G. Rosa qui l’a lue, sur l’évanouissement chez Hugo.

Annie elle-même parlera, peut-être à la réunion de rentrée, de « Hugo et les dieux de la Grèce ».

Que ces annonces ne dissuadent pas d’autres orateurs de se proposer.

G. Rosa rappelle aux membres du Groupe qui dirigent des thèses ou mémoires qu’il leur est tout à fait possible –c’est même très souhaitable- d’inviter à intervenir leurs étudiants dans les séances du Groupe Hugo.

 

Qui veut traduire Quatrevingt-Treize ?

G. Rosa a reçu une lettre de Graham Falconer, qui lui fait part d’un projet, au Canada, de retraduire en anglais Quatrevingt-Treize, la dernière traduction en date n’étant pas toute récente et méritant d’être reprise. Graham Falconer n’étant personnellement pas intéressé, il demande à G. Rosa s’il n’y a pas, en France, un projet semblable, et propose à des hugoliens français de collaborer éventuellement à cette traduction.

 

Causerie sur l’évolution de l’université et de la culture…

La conversation roule d’abord sur l’absence complète, cette année, de postes de MCF en 19° siècle. G. Rosa remarque qu’au CNU, entre 40% et 60% des candidats sont des vingtiémistes -idem pour les nouvelles demandes de thèses, dont beaucoup concernent des auteurs tout à fait contemporains.

C. Millet : Oui, même à l’Université, on passe des humanités à la production de producteurs culturels. Et c’en est désolant.

G. Rosa : Les étudiants délaissent la littérature classique pour la littérature la plus contemporaine, mais aussi pour le cinéma, les arts plastiques, la « culture » au sens large.

F. Laurent : Il ne faut pas toujours incriminer l’inculture ou la paresse des étudiants. A cette situation prennent leur part bon nombre professeurs quadra ou quinquagénaires, voulant montrer qu’ils sont modernes, accueillants aux réalités nouvelles, pas suspects d’ « immobilisme », etc.

G. Rosa : Ils n’ont peut-être pas tout à fait tort. La réalité de l’expérience culturelle a profondément changé dans les trente ou quarante dernières années. Mis à part des milieux restreints de créateurs et de personnes très cultivées, le lien à la culture, jusque dans les années 60 sinon 70, passait exclusivement par le livre et les oeuvres classiques et se confondait, pour toute la petite et moyenne bourgeoisie , avec la culture scolaire et universitaire; il prend désormais des formes très diversifisées : musique, expositions, animations, spectacles voire « conférences spectacles ». Il y a vingt ans, il n’était pas rare que les étudiants d’une UV de « lecture du spectacle théâtral » ne soient allés au théâtre qu’une ou deux fois, avec leur professeur de lettres. Cette UV n’existe plus : les étudiants vont au théâtre et le nombre des troupes connues du Ministère de la culture est passé d’une trentaine à 1500.

F. Laurent : J’estime que l’Université ne doit pourtant pas abandonner sa fonction de conservatoire.

C. Millet : Les professeurs organisent la liquidation de leur discipline. Hier, dans une réunion, j’ai eu beaucoup de mal à convaincre certains collègues que les étudiants inscrits en mastère ne devraient pas avoir à suivre un cours magistral d’un semestre sur la vie en entreprise !

G. Rosa : Effectivement, c’est stupide. À Paris 7, on prépare un DESS des métiers de l’édition comme si les éditeurs ne disaient pas à qui leur pose la question qu’ils préfèrent de loin un DEA de Lettres !

M. Gamel : On travaille aussi de plus en plus sur la littérature de jeunesse –pas Jules Verne, mais des livres « jeunes », c’est à dire très récents ! Et au lycée, par les TPE, on nous pousse à faire de l’hyper actualité : les techniques de recherche sont modernes, et cela modifie aussi les objets d’étude !

G. Rosa : Ne pleurons pas la bouche pleine. La fortune de Hugo lors des centenaire et bicentenaire tient pour beaucoup au fait qu’il est le seul écrivain offrant une matière culturelle multiforme et « ouverte » : il y a ses livres à lire, mais aussi des pièces de théâtre à jouer (et d’autres, du coup, à inventer), des chansons à chanter (dans des salons, debout à côté du piano, ou, micro en main, dans les fiestas pyrotechniques), des dessins, photos et manuscrits à exposer dans les pénombres conservatrices ou sur les grilles du Luxembourg, des adaptations au cinéma et à la télé (La folie des grandeurs compris, hélas), une vie et une action politique dont on peut parler. Tout cela est conséquence de la « gloire de Hugo » -et sans doute, maintenant, sa cause. Peut-être même n’a-t-on pas célébré autre chose l’an dernier  :  la continuité morale, générationnelle, sociale (nationale ?) entre les deux appropriations culturelles :  celle, traditionnelle, du « grand écrivain » et la nouvelle, « multi-médiatique » pour dire vite. De là la « conférence-spectacle » et les questions par dizaines (souvent débiles, il est vrai), auxquelles nous avons dû répondre, par mail du fait de notre notoriété personnelle ou de celle du « site », de vive voix après les conférences.

Au reste, l’unité de l’art (et de la pensée, et de l’action, et de la vie) et son indifférence à ses formes de manifestation participent à l’essence du romantisme, dont l’affaiblissement va de pair, à la fin du siècle, avec la restriction de la littérature à elle-même.

Ce qui ne signifie pas que l’idéal romantique se réalise dans le triste cursus « info-com » -ni  de l’obscène « sciences de l’éduc » ajoute Claude Millet.

 

            D’autres propos sont échangés, plus doux ou plus véhéments, plus personnels aussi.

 

            La séance s’achève –et le déjeuner commence- par un saut du solstice à l’équinoxe : notre réunion de rentrée est fixée au 20 septembre.

 

En attendant, les hugoliens se séparent pour des vacances qui seront, pour nombre d’entre eux, fort studieuses….(écrit Marieke, toute chagrine d’avoir à rédiger sa thèse tout l’été)

 

 Marieke Stein

Equipe "Littérature et civilisation du XIX° siècle", Tour 25 r.d.c., Université Paris 7, 2 place Jussieu, 75005. Tél. : 01 44 27 69 81. Bibliothécaire : Mle Ségolène Liger.