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Séance du 15 juin 2002

Présents : Guy Rosa, Anne Ubersfeld,  Sylvie Vieilledent, Ludmila Wurtz, David Charles, Claude Millet, Franck Laurent, Judith Wulf, Chantal et Pierre Georgel, Chantal Brière, Françoise Chenet, Jean-Marc Hovasse, Jacques Cassier, Vincent Wallez, Rouschka Haglund, Bertrand Abraham, Loîc Le Dauphin, Matthieu Liouville, Christine Delorme, Gina Marie Trigian-Molvaut, Sandrine Raffin, Olivier Decroix, Pierre Laforgue, Colette Gryner, Laurence Bertet, Josette Acher, Vincent Guérineau, Mireille Gamel, Marieke Stein.
Excusés: Agnès Spiquel, Florence Codet, Stéphane Mahuet, Nicole Savy, Bernard Le Drezen, Bernard Degout, Florence Naugrette.

Informations

G. Rosa fait circuler le programme du colloque de Cerisy, qui aura lieu du 2 au 12 août. Circule également un envoi de Gérard Pouchain,  le journal The Guernsey press, entièrement consacré avec un grand nombre de photos (dont certaines inattendues)  à "Victor Hugo, a celebration".

Le groupe découvre l'édition de Quatrevingt-Treize de Judith Wulf, chez GF-Flammarion, ainsi qu'une anthologie de vers uniques de Hugo, choisis et préfacés par Salah Stétié, Hugo? Oui, Hugo!, aux éditions de l'Imprimerie Nationale..

Guy Rosa annonce la sortie de la brochure publiée par la Délégation aux commémorations nationales (Ministère de la Culture, Direction des Archives de France). Notre Bibliothèque en recevra en quantité suffisante pour les membres du Groupe mais, pour une distribution en nombre (salles des professeurs, missions à l’étranger), il faut s’adresser à Mme Danièle Neirinck (01  40 27 61 20).

 

A. Ubersfeld demande à G. Rosa s'il a déjà élaboré des projets pour le programme de travail du groupe Hugo l'année prochaine et, sans attendre, propose, avec L. Wurtz, de réfléchir ensemble, à la rentrée, aux thèmes et pistes de réflexions qui pourraient donner lieu à un recueil d'articles sur la poésie hugolienne.

C'est un projet qui l’intéresse beaucoup. Elle a remarqué qu'en cette année de bicentenaire, beaucoup de recherches intéressantes ont été faites, mais que personne n'a réellement parlé de l'écriture poétique de Hugo. Or, n'importe quelle anthologie de poèmes du XIX° siècle montre le poids décisif de l’œuvre de Hugo dans l’histoire de la poésie en France. Une étude précise s'impose donc. Sans doute pas sous la forme d’un colloque où le travail des citations est difficile à saisir oralement, mais plutôt d’un livre. Dans le cadre du groupe, quelques exposés pourraient préparer certaines de ces études.

G. Rosa  : L’activité du Groupe peut et doit être multiforme. Que certains d’entre nous se réunissent, à l’initiative de l’un ou de plusieurs, pour concerter un ouvrage collectif, cela s'est fait –jadis : Lire Les Misérables, Victor Hugo raconté par Adèle Hugo, ou récemment : les dernières livraisons de la série « Minard »-  et c'est très bien ; mais cela ne requiert pas l'activité du groupe –et même l’exclut à dire vrai : on ne réfléchit pas à 25 à la structure d’une livre. Distinguons donc cette entreprise, excellente mais qui n’engage pas tout le Groupe en tant que tel, du programme de l’an prochain. Celui-ci ne peut sans doute pas être fixé tout de suite - jusqu'en décembre, nous serons tous très occupés par les colloques d'Orsay, de Besançon, du Sénat (même si celui-ci ne concerne que partiellement Hugo), de Valence, d'Athènes, de Vianden!- mais il faut y penser.

L. Wurtz : Bien sûr, mais le groupe Hugo est un excellent lieu de rencontre et d'échange...

G. Rosa : Certainement, mais il n’est pas souhaitable que le groupe serve seulement de lieu de "recrutement" pour toutes sortes d’initiatives intéressées à y trouver de la main d’œuvre ou du public. Cela a été le cas cette année, mais ne le restera pas : on n’aura bientôt plus besoin de main d’œuvre ni de public pour Hugo. Nous devons donc imaginer une (ou plusieurs) perspective de travail qui puisse mobiliser le Groupe tout entier et soit son oeuvre propre.

Nous avions d’ailleurs essayé de fixer ainsi un thème d'étude pour le groupe, aux lendemains du bicentenaire de 85. Il s'agissait de travailler sur "le vieil Hugo", méconnu. Des travaux ont été menés à bien, d’autres lancés seulement. Plusieurs excellentes communications ont été faites, mais l’entreprise n’a pas débouché sur un « produit » concret et achevé ;  seule Agnès Spiquel a su parcourir la voie ainsi ouverte et continuer d’y progresser.

A. Ubersfeld :J'ai reçu une lettre d'Agnès Spiquel, où elle propose d'étudier la poésie dans son rapport au réel, son prosaïsme...Pour ma part, j'aimerais étudier l'usage du mètre impair dans les Chansons des rues et des bois.

G. Rosa : Il me semble qu’en ce sens le mieux, et d’ailleurs le plus opportun et le plus urgent dans l’ordre scientifique, serait de s’orienter vers un travail de publication. Contrairement à ce qu’on peut croire, les travaux de publication érudite ont maintenant, pour Hugo, un retard considérable –et peu acceptable- sur ceux consacrés à d’autres auteurs, Balzac, Flaubert, mais aussi Michelet dont la publication de la correspondance générale s’achève. Je propose qu’on y réfléchisse.

 

 

Problèmes d'édition : les Fragments…

 

G. Rosa : Premier chantier possible, celui des Fragments. Il avait d’ailleurs depuis longtemps été soumis à l’attention du Groupe. Entre temps, j’ai appris d’une part qu’à la BNF Marie-Laure Prévost s’y intéressait également, d’autre part que M. Jacques Cassier avait de son côté déjà largement entamé le travail, rejoignant ainsi la tâche que s’étaient donnée René Journet et Guy Robert.

P. Georgel : La difficulté d'éditer les Fragments dépend de la définition qu'on donne à ces Fragments, à la masse des textes que l'on englobe sous cette appellation. Plusieurs définitions sont possibles : on peut considérer comme fragments tout ce qui a une forme fragmentaire : Océan, les Reliquats... Si on inclut les Reliquats, la masse des textes est énorme! Mais l’entreprise serait, en réalité, la seule pertinente puisque les Reliquats n'ont pas été constitués par Hugo et que la distinction entre eux et les autres fragments n’est pas –ou pas toujours- le fait de Hugo. Cependant, on peut aussi retenir comme Fragments toutes les « bribes » inédites et non réutilisées dans les oeuvres.

D. Charles : Il me semble qu'il serait difficile de trouver un éditeur qui veuille bien éditer les Fragments.

G. Rosa : Ce n'est pas vraiment un problème : dans ce cas, l’édition électronique –dont nous avons les moyens matériels- est la seule raisonnable puisque, outre qu’elle est affranchie des questions d’ordre (on peut demander à volonté l’ordre chronologique, celui des cotes Gatine, celui des manuscrits de la BNF, etc.), elle indexe et permet donc des recherches à volonté.

P. Georgel : Outre l'énormité de ce travail, l'édition des Fragments pose le problème de leur classement. Or, pour dégager un principe de classement, il faut d'abord recenser la totalité des textes. Bref, il faut avoir tout vu avant de commencer!

G. Rosa : Du moins faut-il ne pas se tromper trop gravement. Car un autre avantage de l’édition électronique est sa plasticité. Si l’on s’aperçoit de l’utilité d’une rubrique laissée de côté –la couleur du papier par exemple- rien n’empêche de l’ajouter. Bien sûr, on économise du temps en procédant d’emblée de manière correcte, mais, en édition électronique, rien n’est irréparable.

Quelqu’un : Qu’en est-il des « carnets » ? Font-ils partie des « fragments » ?

P. Georgel : Sans doute pas. Mais les Carnets, comme d’ailleurs les fragments, ne sont pas tout à fait inédits. Massin en donne beaucoup. Le travail s’est arrêté en chemin. En fait, l'édition des Carnets a été bloquée lorsqu'on a su que l'édition de la correspondance les inclurait.

J. Cassier : Il est vrai que pour les Reliquats comme pour les Fragments l’édition électronique est la seule envisageable parce qu’elle permet tous les classements et toutes les recherches. Je l’ai moi-même entreprise : j’ai, dans mon ordinateur, recopiés de leurs différentes éditions, environ 6000 pages de Fragments, la quasi-totalité de ceux qui ont été publiés, avec toutes les informations –très inégales- données par les éditions. Reste à retrouver et identifier l’inédit et, surtout, à corriger –nombre de fragments ayant été publiés, par Guillemin par exemple, de manière très hâtive et fautive. J’ai entrepris cette seconde étape du travail et me suis aperçu qu’il me fallait compter, pour la mener à bien, sur plusieurs vies. Je ne demande donc pas mieux que de mettre ce qui est enregistré à la disposition du Groupe, comme je l’ai fait de la bibliographie, et de poursuivre aux côtés de tous. La tâche sera longue mais la chose est faisable.

G. Rosa remercie J. Cassier de sa générosité –tout de même sidérante- et ajoute que les dossiers de René Journet et Guy Robert fournissent  également une base de travail importante. Il lui avaient été confiés par Madame Journet à la mort de son mari pour qu’ils soient archivés à la BNF. Celle-ci les ayant refusés, il sont conservés à la bibliothèque XIX°, et disponibles. Ils comportent, outre une table de correspondance entre les références BN et les cotes Gâtine (qui, elle, se trouve aussi à la BN), toute une collection de transcriptions de fragments ou de parties de fragments (les éditeurs ont souvent extrait quelques textes dans une page et abandonné les autres), classées par manuscrit BN.

P. Georgel conclut que la première tâche serait donc d’examiner l’ensemble du massif, de déterminer les modes d’édition et l’organisation du travail, et de commencer, comme l’a fait M. Cassier, par réunir et corriger les textes publiés.

G. Rosa : En ce qui concerne les Fragments, l’offre de M. Cassier fait donc plus, beaucoup plus, que de nous laisser libres de nos mouvements. Il n’en va pas de même pour l’autre grand bloc, celui de la correspondance, parce que son avenir dépend de Jean Gaudon et de son équipe, mais aussi du CNRS. Au point qu’il n’est pas même certain que l’on puisse s’interroger sur cette question.

 

 

…la correspondance…

 

La situation est la suivante. Jean Gaudon et son équipe ont entrepris l’édition de la correspondance il y a de cela, je crois, plus de vingt ans, avec l’aide du CNRS. Il en est résulté, outre les lettres de Hugo à Léonie, les correspondances de V. H. et Juliette, entre Hugo et Schoelcher, entre Hugo et Hetzel, entre Hugo et Lacroix pour Les Misérables et les deux volumes de Correspondance familiale et écrits intimes publiés chez R. Laffont. Un troisième a été remis à l’éditeur qui ne l’a pas publié et a mis fin à la collection. Plus récemment, l’éditeur Flohic a voulu prendre la suite, apparemment sans succès (du moins pour l’instant, mais l’occasion du bicentenaire sera bientôt passée). Le CNRS lui, qui avait soutenu l’entreprise –en particulier par le poste qu’y occupait Madame Sheila Gaudon-, a toujours l’édition de la correspondance de Hugo dans la liste de ses programmes. Enfin, on ne commet certainement pas d’indiscrétion en disant qu’au cours de ce long travail l’équipe de Jean Gaudon a réuni une quantité de textes, de références, d’informations, qui dépasse sûrement très largement ce qui en a été publié. De sorte que, à peine entamée si l’on considère le nombre de volumes publiés, l’édition de la correspondance par Jean Gaudon et son équipe est en même temps sinon achevée du moins très avancée.

La première question, préjudicielle de toutes les autres, est donc de savoir si nous devons nous en préoccuper.

P. Georgel : A ma connaissance, Jean Gaudon n'a pas fait savoir que son travail était dans une impasse.

G. Rosa : Sans doute. Mais la communauté des hugoliens a également une responsabilité –et le CNRS la sienne. Pouvons-nous nous désintéresser du fait que, les publications partielles mises à part, la correspondance de Hugo n’est pas éditée et qu’on en reste, pour lui, au travail de ses exécuteurs testamentaires, vieux d’un demi siècle et très partiel?

P. Georgel : Jean et Sheila Gaudon ont accumulé une masse de travail considérable ; ils peuvent choisir de la mettre en commun, comme de la laisser inaccessible.

G. Rosa : Mais il n’y a certainement pas plus –et, à mon avis, il y a moins- de respect et de considération envers eux à se préoccuper de l’avenir de leur œuvre qu’à s’en désintéresser.

P. Laforgue : L'idée d'éditer une correspondance générale n'aurait aucun sens : il faut opérer des découpages, comme l'a fait Gaudon, avec la correspondance familiale. Aujourd'hui, on est tenu par les choix éditoriaux que Gaudon a faits depuis longtemps.

G. Rosa : Ca se discute. La correspondance familiale de Gaudon est une partie d’une correspondance générale. Quant aux véritables correspondances partielles (V.H. et X, V.H. et Y), elles peuvent gèner ou retarder une correspondance générale. Souvent, et cela s’est vu pour d’autres auteurs, la mauvaise monnaie chasse la bonne.

P. Georgel : Je pense qu'il faut garder le principe de séparation entre la correspondance familiale, d'une part, et tout le reste, d'autre part. Mais ce reste ne me paraît pas lui-même découpable. On pourrait imaginer que le Groupe se charge de la correspondance familiale au retour d'exil, mais là aussi, il faudrait un accord avec l’équipe de Jean Gaudon.

Cl. Millet : Quel est le principe de définition de la "correspondance familiale".

P. Georgel : Elle regroupe les lettres de la famille civile, et aussi des personnes très intimes, plus ce que Gaudon a appelé les "écrits intimes" : c'est-à-dire les Carnets non destinés à la publication, et quelques liasses à la lisière de ces notions.

G. Rosa : Le principe d’une juxtaposition de correspondances sectorielles, plutôt que partielles - correspondance familiale, politique, amoureuse, littéraire, etc.. (ce ne sont que des exemples)- tient lui-même à un autre parti pris : Gaudon avait choisi de présenter des échanges épistolaires suivis, les lettres et leurs réponses, tout en respectant le mieux possible une chronologie globale.
Cl. Millet : Mais que se passe-t-il lorsqu'il y a des correspondances à trois, qui mêlent les intimes et les correspondants plus éloignés? Lorsque j'ai travaillé sur le Chapitre préliminaire des Travailleurs de la mer, j'étais en présence de correspondances triangulaires, Hugo écrivant à ses fils des consignes d'édition, qu’ils répercutaient oralement auprès des éditeurs, qui écrivaient à Hugo… dans un enchevêtrement complet du familial et du professionnel.

G. Rosa : Il est vrai que ce pari de donner les échanges suivis pouvait être plus aisément tenu pour la correspondance familiale jusqu’à une certaine date  –encore y fallait-il une certaine habileté dans les découpages et la gestion des chevauchements. Au-delà, ce n’est peut-être plus tenable. Peut-être est-ce une des raisons, de fond cette fois, de la panne de l’édition entreprise par l’équipe de J. Gaudon.

P. Laforgue : Pas du tout ; elle tient à des raisons indépendantes de Gaudon : l'éditeur a refusé le troisième volume. Tout est donc sur disquette, prêt à être édité.

G. Rosa : Ce sont des choses qui arrivent et plusieurs autres grandes correspondances générales ont connu des interruptions. Le préoccupant est que celle-ci ait été si longue (10 ans maintenant) et que le bicentenaire n’ait pas été l’occasion du redémarrage attendu. Ce qui est sûr, c’est qu’une édition électronique lèverait la difficulté puisqu’elle permet, à volonté, de suivre un échange –triangulaire au besoin-, un objet (Les Misérables par exemple) ou l’ordre chronologique strict (qui n’est pas non plus dépourvu d’intérêt).

Claude Millet : Rien n'empêche de publier des correspondances séparées, des "dialogues"... Cela s'est fait pour Flaubert, on peut le faire pour Hugo –et cela a été fait par la même équipe de J. Gaudon. Le centenaire Sand en cours de préparation serait, par exemple, une bonne occasion de publier l’échange entre elle et Hugo.

D. Charles : La publication des correspondances est-elle impossible pour des raisons juridiques?

P. Georgel : L'obstacle n'est pas légal ; J. Gaudon est sans doute propriétaire de quelques lettres mais surtout de l’énorme documentation qu'il a amassée et dont il serait absurde –sans compter l’indécence- de se priver.

G. Rosa : Mais on ne peut pas non plus se priver d’une édition de la correspondance de Hugo et le CNRS finira bien par s’apercevoir qu’il a un programme "édition de la correspondance de Hugo" en panne.

P. Georgel : La seule manière de faire avancer les choses serait que le CNRS demande à Jean et Sheila Gaudon de remettre le chantier en route –avec l’engagement que cela suppose aussi de sa part.

G. Rosa : Sans doute. La question est de savoir si le groupe Hugo s'en mêle ou non et, dans l’affirmative, de quelle manière : si, en particulier, nous offrons notre collaboration.

P. Georgel : Si c’était le cas, il y aurait un précédent : l'édition "Bouquins" a été faite par le groupe, comme communauté.

P. Laforgue : C'est très différent d'éditer une correspondance! Il vaudrait mieux constituer un groupe de trois personnes qui ne feraient que cela pendant dix ans!

J-M. Hovasse : Le CNRS est très opaque, et je ne connais pas précisément ses intentions à propos de la correspondance hugolienne. Quoi qu'il en soit, je pense que le moment du bicentenaire est mal choisi pour lancer cette opération. A moins que le bicentenaire ne relance le projet...

P. Georgel : On pourrait aussi choisir de ne pas tenir compte de tous ces obstacles, et de simplement scanner et numériser toutes les lettres déjà publiées –il y en a beaucoup, dans toutes sortes d’ouvrages, revues et opuscules introuvables. Ce serait déjà très utile. Mais c'est un peu dommage de faire tout ce travail alors que les disquettes existent.

 

 

…les œuvres.

 

G. Rosa : Pour mettre le comble à la perplexité, je rappelle que beaucoup de textes n'ont toujours pas d'édition critique : William Shakespeare, Actes et paroles, presque tout le théâtre, et toute la poésie qui n'est pas couverte par la Pléiade, c'est-à-dire, essentiellement, les poèmes posthumes. Ici aussi les études hugoliennes sont très en retard sur d’autres –Michelet, Balzac, Flaubert…

P. Georgel (à G. Rosa) : Tu oublies Les Misérables? C'est ton idée depuis longtemps!

Claude Millet marque sa préférence pour de tels travaux : ce sont les plus urgents et les plus à même de mobiliser l’ensemble du Groupe parce qu’ils sont plus familiers.

G. Rosa : Mais, inversement, la division du travail y est presque impossible : on ne peut pas se mettre à 20 pour faire l’édition critique des Misérables. Pour la correspondance ou les Fragments, en revanche, tout le monde peut collaborer et la division du travail est efficace, on l'a vu pour Choses vues, ou pour l'édition de Victor Hugo raconté par Adèle Hugo. La répartition des tâches est facile moyennant un peu d'organisation, et la coopération lève l'obstacle d'une masse de travail insurmontable pour un seul.

CL. Millet : Nous ne devons pas sous-estimer la dépression post-bicentenaire : ce type de travaux en atténuerait les effets.

G. Rosa : J'avais proposé déjà un travail d'édition pour Actes et paroles, mais cela a été refusé par le Groupe, ou du moins repoussé après le bicentenaire.

Cl. Millet : Mais pourquoi s’intéresser aux seuls Fragments? Le travail pourrait être fait pour les textes : une partie du groupe pourrait s'intéresser aux écrits esthétiques, une autre aux écrits politiques, etc...

G. Rosa : Mais, dans ce cas, le Groupe éclate. Je suis plus favorable, pour cette raison, à une édition des Fragments qui pourrait mobiliser l’ensemble des chercheurs, amateurs et apprentis-chercheurs. Sans compter que les travaux en cours compliquent les choses. On peut difficilement travailler sur Actes et Paroles sans Marieke Stein et donc avant qu’elle ait soutenu, de même pour Stéphane Desvignes et le Théâtre en Liberté.

V. Wallez : Si on s'attaquait aux Fragments et aux Reliquats, cela préparerait le travail pour toutes les éditions critiques à venir. J'ai d'ailleurs informatisé presque tous les fragments dramatiques, que j'ai indexés par incipit, par mots-clefs... Les classements sont redistribuables.

P. Georgel : Les exécuteurs testamentaires et la BN (Cécile Daubray) ont souvent découpé  les feuilles sur lesquelles figuraient les Fragments, pour les répartir dans leurs Reliquats et leurs manuscrits thématiques. Il m’est arrivé, pour les dessins, de retrouver la feuille d’où tel dessin avait été prélevé. Il y faut une certaine mémoire visuelle qui ne peut jouer que sur un nombre restreint de cas ; mais, pour les fragments, il ne doit pas être impossible de mettre en oeuvre un système informatique de reconnaissance des formes, pour reconstituer les feuillets initiaux, comme pour un puzzle.

G. Rosa : Cela entraînerait, je le crains, un coût bien supérieur au rendement!.

J. Cassier : Journet et Robert avaient commencé ce travail de reconstitution en identifiant les différents types de papiers.

G. Rosa : Je ne crois pas qu'il soit utile, ni rentable, d'entrer dans l'édition informatique le grain, la couleur ou la qualité du papier.

P. Georgel : Je crois au contraire que, lorsque c'est utile, il faut le faire. C'est plus difficile pour la masse des papiers blancs, mais pour les papiers spéciaux –de couleur, vergés, timbrés à sec, filigranés-, ce sera très utile, du moins pour plus tard.

V. Wallez : L'intérêt des papiers et des timbres, c'est qu'ils permettent la datation des Fragments. Pour le moment ils sont souvent datés différemment selon les éditions, avec parfois des fourchettes d'une dizaine d'années.

G. Rosa : Distinguer les différents papiers est très difficile, et c'est un savoir qui se perd. Personnellement, je n'y suis jamais arrivé. Qui sait le faire maintenant ? sans compter que l’encollage conservateur brouille tout.

A propos des cotes, elles sont souvent déroutantes : le regroupement par cotes fonctionne bien pour certaines, pas du tout pour d'autres.

J. Cassier : Mais l'informatique permet de mieux lire les cotes. Journet et Robert se désespéraient de constater qu’ils en arrivaient eux-mêmes à donner deux fois la même cote. Lorsque les cotes sont enregistrées, les doublons apparaissent immédiatement et cette alerte premet de les éviter.

G. Rosa conclut en constatant qu’il est trop tôt pour faire un choix mais que l’accord semble établi et unanime pour que le Groupe se consacre l’an prochain à un travail –ou des travaux- d’édition du corpus hugolien.

On en reparlera sur la plage ou au coin du feu, à Cerisy.

 Marieke Stein

Equipe "Littérature et civilisation du XIX° siècle", Tour 25 r.d.c., Université Paris 7, 2 place Jussieu, 75005. Tél. : 01 44 27 69 81. Bibliothécaire : Mle Ségolène Liger.