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Séance du 9 février 2002

Présents : Guy Rosa, Arnaud Laster, Anne Ubersfeld, Jean-Baptiste Amadieu, Marine Teston, Sylvie Vieilledent, Laurence Bertet, Florence Codet, Jacques Cassier, Caroline Delattre, Bernard Le Drezen, Claude Millet, Stéphane Horvath, Mireille Gamel, Vincent Wallez, Sandrine Raffin, Pierre Laforgue, Pierre Georgel, Judith Wulf, Françoise Chenet, Matthieu Liouville, M. Zviguilski, Bernard Leuilliot, Olivier Decroix, Colette Gryner, Florence Naugrette, Delphine Gleizes, Dominique Peyrache-Leborgne, Josette Acher, Denis Selem, Marieke Stein.
Excusés: Bernard Degout.


Le groupe accueille Mme Malécaut, chargée d'édition aux Editions du Patrimoine, qui prépare un ouvrage consacré à Hugo et à ses contemporains, selon une formule comparable à celle du Monde de Proust dont elle est l’auteur.

Informations

Publications

Les éditions sont nombreuses, les rééditions encore plus. Parmi les nouveautés, Guy Rosa signale tout particulièrement l'édition de Myriam Roman et Delphine Gleizes de L'Homme qui rit, au Livre de Poche dont il faut saluer une fois de plus le bel effort pour le bicentenaire. Pour ne pas être en reste, « Folio » sort aussi un Homme qui rit, annoté par Roger Borderie, avec la « Présentation » de Pierre Albouy pour l'édition Massin. Malgré la qualité de ce texte-là, G. Rosa regrette ces pratiques : les études hugoliennes sont-elles un tel désert qu’on ne puisse trouver quelqu’un pour écrire un texte nouveau ?

La Légende des Siècles, dans une édition d'A. Laster, chez Gallimard, collection "Poésie". La préface est de Claude Roy, et A. Laster explique qu'il ne s'agit pas de la préface à l’ancienne édition du Livre de Poche mais d’un montage, effectué par lui-même, de textes extraits de La Main  heureuse.

Un recueil d'articles d'Emile Verhaeren consacrés à Hugo et écrits entre 1886 et 1920 (mentionnés dans la bibliographie de J. Cassier) ; sont joints d'autres articles consacrés à Banville, Barbey d'Aurevilly, Zola...

Parmi les autres nouveautés, G. Rosa énumère : Mes Rencontres avec Victor Hugo, de Charles Muller, linguiste, aux éditions Nuée Bleue, un Lucrèce Borgia en Librio, un Victor Hugo pour enfants, par Delphine Dussart, chez Hatier, plusieurs anthologies de toutes sortes, Victor Hugo en voyage, de Krishna Renou, chez Payot.

Rééditions aussi : Mille et une Lettres d'Amour, réimpression du livre de Paul Souchon paru en 1951, les Choses Vues toxiques de Juin, maintenant en Quarto, dont le papier vaut mieux que le texte ; Victor Hugo, un poète, d'Arnaud Laster (Gallimard, « Folio Junior).

 

A. Laster s'insurge contre la réédition, aux Mille et une Nuits, du pamphlet de Paul Lafargue (le gendre de Karl Marx), La Légende de Victor Hugo (vrai titre : La Légende de Victor Hugo de 1817 à 1873 et publié en 1891, pas en 1885). Cette publication ainsi que la postface signée Romain Bassoul prouvent bien, selon A. Laster, qu'il n'existe pas de consensus autour de Victor Hugo! A. Laster estime qu'un "contre Lafargue" s'imposerait...

On n’en est pas là, estime Guy Rosa en signalant un Hugo, Victor pour les dames, Bellefond, « Les Vies amoureuses ». Personne ne sait rien du Hugo président, une anthologie de textes politiques présentés comme un programme pour candidat à la présidence.

 

Information scientifique

 Jean-Louis Cabanès, de l'Université de Nanterre, a fait savoir par G. Rosa qu'il existe aux Archives départementales de Bordeaux un dépôt de lettres et de papiers divers de Richard Lesclide, secrétaire de Victor Hugo dans les années 1870-1885. L'examen de ces papiers pourrait être intéressant.

 

Conférences, colloques, journées d'étude

G. Rosa transmet, comme lors de  chaque séances depuis quelques mois, des "appels à conférenciers" : à Auch, la Bibliothèque Départementale de Prêt du Gers cherche quelqu'un pour parler le 17 mars de "Hugo poète". La commune de Saint-Louis (Haut-Rhin) cherche pour sa part un intervenant pour des animations sur Hugo dans des classes de CE1 à CM2, les 3 et 4 mai, dans le cadre du bicentenaire et de la 18° foire du livre de Saint-Louis.

 

Junia Baretto transmet au groupe un appel à communications pour un « Symposium Victor Hugo sans frontières", au Brésil ; axes de réflexion proposés : "Victor Hugo à l'intérieur du livre", "Victor Hugo en-dehors du livre", "Pourquoi lire Victor Hugo?" et "La réception de l’œuvre au Brésil...". Les communications (qui pourront être en français, anglais ou portugais) doivent être proposées par mail ; des contraintes précises quant au nombre de feuilles et au format sont imposées. Les inscriptions doivent être faites avant le 31 mars.

 

Jean-Claude Fizaine  a transmis à G. Rosa le programme ci-après d'une journée d'étude consacrée à la poésie lyrique et à la musique chez Victor Hugo. Ce programme comporte quatre rubriques :"De l'ode à la Chanson", "La thématique lyrique et la musique", "L'idylle et le sujet lyrique" (où l'on se demandera si l'idylle élimine le sacré ou propose une autre voie pour y accéder), et "Mythes et réalités d'une communication entre poésie savante et classes populaires".

La soirée sera consacrée à l'audition de mélodies.

Cette journée aura lieu à Montpellier, au château de Castries, le 3 ou le 10 octobre.

 

Beaucoup d'autres manifestations sont annoncées ; les membres du groupe en rappellent quelques-unes, comme la conférence de Michel Butor sur L'Art d'être grand-père, mardi 12 février, à la Maison de la Poésie, ou la prochaine journée d'étude sur "Victor Hugo, une conscience permanente" à Mons (le 22 février), à laquelle participeront entre autres Jean-François Kahn, Ludmilla Charles-Wurtz et Michel Winock.

J-M. Hovasse et A. Laster participeront quant à eux à des conférences au Lycée Janson de Sailly.

 

Manifestations diverses

G. Rosa fait état d'un échange de mails avec une collègue de l'Université de Bayonne qui s'occupe de l'équipement d'une Maison de Victor Hugo à Pasajès -un endroit de rêve, se souvient A. Laster, mais bien changé depuis la construction d'un port industriel, tempère P. Georgel. Les responsables de ce projet veulent créer une bibliothèque qui puisse devenir un centre de travail sur Hugo.

Au mois d'avril, une semaine de conférences y sera organisée, ainsi qu'une exposition organisée par l'Institut français et l'Ambassade de France en Espagne.

 

A. Laster annonce pour le 9 février une soirée sur "La Révolution romantique", à Sarcelles-village. Elle portera sur le théâtre romantique, et le théâtre de Hugo en particulier ; cinq comédiens liront des scènes, et A. Laster assurera la liaison entre les différentes lectures.

Une autre soirée au cours de laquelle une troupe de comédiens lira des textes de Hugo aura lieu le 16 mars ; elle est organisée par la Mairie du XI° arrondissement, sur une initiative de Denis Selem.

A la Maison Fournaise aura également lieu, le 6 avril à 14h30, un "récital Victor Hugo".

 

J. Acher signale que deux séances du Sénat seront consacrées à des discours sur Hugo, prononcés par des représentants de chaque groupe parlementaire. Elles ne sont pas publiques.

 

G. Rosa rappelle que toutes les manifestations, soit plus de sept cent, sont sur le site du Ministère de la Culture. Selon S. Raffin, ce nombre est inférieur au nombre de manifestations organisées en 1985 ; mais nous ne sommes qu'en février, et ce nombre pourrait tripler!

 

Enfin, avis aux philatélistes : Guernesey va publier une série spéciale de timbres à l'occasion du bicentenaire.

 

Revue des spectacles

A. Laster et A. Ubersfeld procèdent à la critique des derniers spectacles qu'ils ont vus.

Ils désapprouvent une mise en scène de Lucrèce Borgia, "façon" commedia dell' arte, par la troupe des Carboni. A. Laster déconseille également une Intervention, mise en scène par Alain Prioul, qui avait déjà été donnée il y a quelques années; mais le spectacle a mal évolué, truffé de chansons de variété "style années soixante" d’assez mauvais effet. La scène du baron reste honorable.

 

A. Ubersfeld et P. Georgel font un vif éloge du Petit Roi de Galice, spectacle étonnant de justesse et de sensibilité. Les vers y sont dit de manière remarquable, avec précision et simplicité. L'un des deux personnages dit superbement le prière finale du Petit Roi, lequel est représenté lui-même par un petit mannequin : c'est très joli, tout comme est joli aussi le travail musical. P. Georgel emploie même le terme de "bouleversant" ; il a essayé de promouvoir le spectacle devant les instances officielles afin qu’il soit repris en dehors d'Amiens : en vain pour le moment. G. Rosa rappelle que le Comité n’a ni autorité ni moyens dans de tels cas : seul fonctionne le circuit ordinaire des DRAC.

A. Laster trouve également beaucoup de qualités à L'Homme qui rit, adapté par Yamina Hachemi, qu'il a vu à Villeneuve-la-Garenne. Il s'agit d'un vrai spectacle, et non, comme souvent, d'un texte dit par une ou deux personnes. L’adaptation est intelligente et belle. Au début du spectacle, le fond de la scène montre le naufrage de la Matutina ; mais l'ensemble est audacieux, et "très hugolien". Le rôle d'Ursus est tenu par François Roy ; l'acteur qui joue le loup est génial : sur ses deux pieds ou à quatre pattes, jamais ridicule. Josiane était également très réussie. La fin est poignante. Ce spectacle « tourne » : Villiers -sur-Marne le 7 avril, à 16 heures.

A. Laster annonce enfin la prochaine représentation du Dernier Jour d'un Condamné, dont il a déjà vanté les mérites, par le comédien Maurice Antoni, à la Mairie du XX°, lundi 11 février, à 19h30.

 

P. Georgel a vu l’intéressant spectacle de la Maison de la Poésie "La Voix du peuple"; montage bien fait, comédiennes excellentes ; le choix des textes, tourné vers un Hugo progressiste, est avoué et assumé. Une seule réserve : le spectacle s'achève sur le testament de Hugo et sur la phrase : "Je refuse l'oraison de toutes les églises ; je demande une prière à toutes les âmes". La dernière phrase du texte de Hugo, "Je crois en Dieu", est supprimée. Sacrifice regrettable à un Hugo politiquement correct. Car enfin, il y croyait !


Communication de Dominique Peyrache-Leborgne  : «La question du sublime chez Jean Paul (Richter) et Victor Hugo» (voir texte joint)


 

Discussion

G. Rosa : "Siebenkäs" veut dire "sept fromages", n'est-ce pas?

D. Peyrache-Leborgne : Oui! C'est un nom surprenant, mais les surnoms grotesques, parfois empruntés au bestiaire, au monde des objets hétéroclites, sont typiques du grotesque jean-paulien, proche parfois du grotesque rabelaisien.

G. Rosa : Pouvez-vous nous résumer l'intrigue du Titan? Qu’évidemment personne ici n’a lu.

D. Peyrache-Leborgne : Je m’en doute. Je crois que je l’ai résumé d’ailleurs ; vous ne vous en êtes pas aperçu parce que Titan est un « roman poétique » où il ne se passe presque rien. L'histoire se situe en 1792. Albano, jeune comte qui ne connaît pas son père, part effectuer sa "formation" de jeune noble dans une petite principauté allemande. A la cour, il rencontre des artistes, qui l'emmèneront à Rome : ce voyage est en fait le seul "événement" de l'oeuvre. Il rencontre aussi à la cour plusieurs femmes ; d'abord, Liane, sa fiancée mystique, qui est aveugle (comme Dea!) mais par intermittences ; elle est aussi malade du cœur.  Malgré cette rencontre, Albano part en Italie, sans elle ; elle meurt ; à son retour, il en rencontre une autre, Linda.

G. Rosa : Cette femme ressemble-t-elle à Josiane? Est-elle aussi... attrayante?

D. Peyrache-Leborgne : Oui, mais en ce sens seulement que, comme Josiane, Linda est une « titane ». La troisième  se nomme Idoine, elle est le chef d'une sorte de communauté idyllique, où s'achève le roman

A. Laster : Les noms de ces trois femmes se ressemblent beaucoup, ce sont presque des anagrammes

D. Peyrache-Leborgne : Oui, car elles ont en fait un même rôle dans le parcours du héros : elles constituent toutes pour Albano une étape, à chaque fois supérieure, dans la perfection de soi et dans l'accès à la connaissance.

Vous le voyez, Titan n’a rien de romanesque ; il s'agit plutôt d'une prose poétique, comme c'est la cas lors des longues descriptions du jardin idyllique.

Le roman est construit en deux parties : la première est celle que je viens de décrire. La seconde est constituée d’appendices qui sont des digressions comiques à la Stern. Pour éviter un reproche qui lui avait été fait à propos de ses oeuvres antérieures, Jean Paul a veillé à préserver l'unité de l'histoire, en distinguant les digressions et en les rejetant à la fin du volume.

A. Laster : Quel est le rapport entre la symphonie de Mahler, Titan, et ce livre?

D. Peyrache-Leborgne : La symphonie vient tout droit du livre.

A. Laster : Et d'où vient le "salto mortale"?

D. Peyrache-Leborgne : Je l'ignore ; le terme est couramment employé, dans le sens que je lui donne.

Plusieurs : N’est-ce pas dans la Divine Comédie?

G. Rosa : Il me semble qu'il y a peu de rapports entre L'Homme qui rit et le roman de Jean Paul. On ne peut guère croire que l’un ait inspiré l’autre, mais il n’y a pas même d’analogie.

D. Peyrache-Leborgne : C'est exact. Par ce travail de "poétique comparée", je n'ai pas voulu prouver qu'il y avait relation d’intertextualité, mais plutôt une sorte de "transtextualité", un arrière-plan philosophique et poétique commun aux deux textes. Toutefois, Choppe, le bouffon philosophe errant, ressemble beaucoup à Ursus, et a lui aussi son loup.

G. Rosa : Mais il n’a pas, apparemment, le rôle salvateur d’Ursus.

D. Peyrache-Leborgne : Non, il est le pédagogue.

 

A. Ubersfeld : Je voudrais apporter une rectification à votre définition de l'humour. Vous le définissez comme "l'idée par laquelle le réel perd sa valeur". Or, l'humour est conservateur et préserve la valeur de ce à quoi il s’applique, opposé en cela à l'ironie qui, elle, est destructrice. Ces deux notions sont à distinguer, et cette distinction engage beaucoup de choses dans votre propos.

D. Peyrache-Leborgne : J'ai utilisé le terme "humour" dans sa conception large, qui intègre l'ironie. Chez Jean Paul d'ailleurs, l'humour est toujours un double mouvement aux composantes indissociables de désintégration du réel, puis d'élévation vers un idéal. L'humour, pour Jean Paul, ne comporte pas de sympathie, c'est une synthèse du rôle destructeur de l'ironie, et d'un rôle d'ouverture, de dépassement.

A. Ubersfeld : Sans doute, mais une redéfinition de l'humour s'impose : il est une façon de mettre en question sans détruire. Même l'humour noir, qui s'inscrit dans quelque chose qui est déjà une destruction, mais sans aller plus loin.

D. Peyrache-Leborgne : Jean Paul distingue l'humoriste, qui réchauffe l'âme, du persifleur, qui la glace ; cette distinction est assez proche de celle qui sépare humour et ironie.

 

A. Ubersfeld : Pour en venir à la notion de sublime, je voudrais rappeler que ce mot implique un mouvement de dépassement d’une limite. Or je n'ai pas eu vraiment l'impression que ce mouvement existait chez Jean Paul.

D. Peyrache-Leborgne : En effet, c'est plutôt une évolution linéaire qui se produit. Le sublime est posé dès le début.

A. Laster : Justement, le sublime hugolien est inverse... Jean Paul a-t-il lu le Traité du Sublime du pseudo-Longin?

D. Peyrache-Leborgne : Oui, bien sûr ; qui aurait pu l’ignorer en Allemagne dans ces années ?

Jean Paul tâche de concilier un mouvement vers l'infini et une efficacité pratique ; toute la difficulté, pour lui, est justement de sublimer le terrestre tout en appliquant, à l'inverse, le sublime à la terre. "Romantiser le monde", c'est un acte qui implique une ascension, puis une redescente.

 

Cl. Millet : Sans connaître assez Jean Paul pour que ma rermarque soit plus qu'une suggestion, j'ai l'impression qu'il réfléchit sur le couple sublime/humour à partir du constat que le monde est décevant. Hugo, lui, part de l'idée que le réel est prodigieux, d'où le couple sublime/grotesque. Le grotesque a mille formes alors que la beauté n'en a qu'une, c'est donc le grotesque qui permet l'infinisation et non le sublime.

Chez Ursus, par exemple, il n'y a pas de dialectique entre le sublime et l'appréhension d'un réel décevant. De là vient la différence entre deux polarisations : sublime/grotesque chez Hugo, sublime/comique chez Jean Paul. Chez Hugo d'ailleurs, le grotesque ne fait pas "appendice", il est étroitement mêlé au sublime.

D. Peyrache-Leborgne : Tout de même, chez Jean Paul, le goût de l'encyclopédisme va de pair avec l'idée que le réel est prodigieux. Dans son oeuvre, on trouve l'expression de l'idéal au sein du réel, mais cet idéal reste, c'est vrai, de l'ordre de l'exceptionnel : il ne se conçoit que dans des moments extatiques.

 

J. Acher : Pourquoi dites-vous que le suicide de Gwynplaine est mystique?

D. Peyrache-Leborgne : Parce qu'il est un acquiescement au cosmos, à l'infini. J'ai choisi ce terme, et non celui de "religieux", pour mettre l'accent sur la dilatation du sujet dans l'infini cosmique.

J. Acher : Peut-on réellement parler de cosmos chez Hugo? D'infini, d'univers, sans doute... Mais le cosmos implique un ordre, une organisation qui n'existe pas dans l'infini hugolien.

D. Peyrache-Leborgne : C'est vrai, mais il n'existe pas d'adjectif pour l'idée d'univers! Et "cosmique" rend mieux l'atmosphère de mer, de nuit...

 

Cl. Millet : Vous faites d'Ursus un esprit cynique, qui exposerait le mal en adoptant un discours de justification...

D. Peyrache-Leborgne : Non, ou c’était involontairement ; Ursus fait juste l'inverse. Il a une position cynique explicite, mais à laquelle  il n'y adhère pas. Sinon peut-être dans son désengagement politique.

Cl. Millet : En étant cynique objectivement, mais pas subjectivement, Ursus fonctionne comme un double préparatoire de Gwynplaine. Ce que dit le texte, c'est que le carnavalesque est attaché à une culture de domination.

G. Rosa : C'est bien pour ça qu'il y a tout de même du cynisme chez Ursus.

D. Peyrache-Leborgne : D'ailleurs Ursus se compare explicitement à Diogène.

 

G. Rosa : La question du sublime moral, que vous posez, est importante, elle se pose chez Hugo, mais sans doute différemment. En tout cas "belle âme" n'est pas du vocabulaire hugolien, ni dans sa valeur commune, ni dans son acception rousseauiste.

A. Ubersfeld : Si je devais donner une définition du sublime moral chez Hugo, je dirais que c'est l'acte libre du héros.

Cl. Millet : Mais au risque de "tordre" Hugo dans un sens humaniste en mettant l'accent sur l'action humaine du héros.

A. Ubersfeld : Non, car cette action humaine échappe à la raison, et s'inscrit contre les limites du réel.

A. Laster : Oui : l'action sublime, c'est Esmeralda donnant à boire à Quasimodo...

Cl. Millet : Ou Gilliat, dont l'acte est un mouvement d'extension du réel, puisque Gilliat intègre au réel un acte "impossible". Et c'est un acte libre, ce qui va dans le sens de la définition d'Annie.

A. Ubersfeld : Que cet acte prolonge le réel ou aille contre lui, c'est la même chose : l'acte sublime est un acte de liberté.

 Marieke Stein


Equipe "Littérature et civilisation du XIX° siècle", Tour 25 r.d.c., Université Paris 7, 2 place Jussieu, 75005 Tél. : 01 57 27 63 68. Bibliothécaire : Mle Ségolène Liger.