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Séance du 22 avril 2000

Présents : Guy Rosa, Florence Naugrette, Arnaud Laster, Josette Acher, Rouska Haglund, Vincent Wallez, Sylvie Vielledent, Junia Barreto, Jean-Marc Hovasse, Delphine Gleizes, Stéphane Desvignes, Sandrine Raffin, Marie Tapié, Agnès Spiquel, Colette Gryner, Marguerite Delavalse, Marieke Stein, Myriam Roman, Françoise Chenet, Bertrand Abraham.
Excusés: Bernard Degout, Stéphane Mahuet, Ludmila Wurtz, David Charles, Denis Sellem, Claude Millet, Frank Laurent, Jacques Seebacher, Chantal Brière (qui est à Guernesey et écrit qu'elle rentrera avec la liberté).


Informations

  Quelques exemplaires du CD-Rom de la chronologie Massin (seule et sous forme définitive) circulent : ce CD-Rom contient un dispositif permettant d'enregistrer les corrections ou les additions sur disque dur ou sur disquette. Remis à G. Rosa, ces fichiers seront reportés sur la base. La version complète, avec quelques corrections mais surtout avec les apports d'E. Blewer (qui a signé sa 558ème fiche), est consultable soit sur le web (http://www.groupugo.univ-paris-diderot.fr) soit à la bibliothèque : dans les deux cas, on peut lire le détail de chaque fiche, avec ses références, l'auteur de sa saisie, etc. On pourrait ajouter des images. Mais la reproduction in extenso des textes (poèmes, notes des carnets, texte des lettres, etc.) grossirait la base démesurément et inutilement puisque les références -Massin ne les donne pas toujours, il faudra les ajouter- peuvent suffire.

 

2002 : Cerisy-la-Salle

Conformément au mandat donné, G. Rosa a écrit aux responsables de Cerisy pour leur proposer un colloque sur les thèmes de " la langue " ou de " la guerre " chez Hugo - le premier thème étant pressenti. La réponse le retient et propose la première décade d'août, entre le 1er et le 11 août 2002. Offre prestigieuse, puisque Cerisy n'organise plus qu'une décade par an -celle du début août- et renvoie les sujets « mineurs » à des durées plus brèves, mais assez peu commode.

A. Laster n'approuve pas d'office les colloques de Cerisy ; ils sont coûteux et frelatés : voir le film d'Alain Resnais, La vie est un roman. Il reconnaît cependant que c'est un rite de centenaire presque « incontournable ». L'idée de J. Seebacher, ajoute-t-il, de faire la décade en 1984 était excellente : cela avait permis de publier les actes du colloque l'année du centenaire.

G. Rosa : Le colloque Balzac a lieu, au contraire, cette année du 22 au 29 juin. La décade d'août est destinée au colloque Rabelais dirigé par Jean Céard.

A. Laster : Prévoit-on une publication ?

G. Rosa : Sans doute, mais depuis longtemps les actes -publiés à la grande époque en 10/18- ne sont plus publiés par Cerisy même. Ceux du colloque Hugo de 1985 l'avaient été chez Seghers.

A. Spiquel : Est-ce encore négociable ?

G. Rosa : Sans doute ; encore faudrait-il récuser la décade offerte et proposer d'autres dates.

J.-M. Hovasse : Peut-on aller ailleurs ?

A. Laster : A Royaumont ? [B. Abraham se propose pour faire les démarches mais reconnaît que les colloques de Royaumont ne sont plus consacrés qu'à la musique.]

A. Spiquel, M. Roman puis V. Wallez : A Guernesey ?

A. Laster : A Villequier ?

G. Rosa : Il faudrait assumer nous-mêmes l'infrastructure et de la gestion: qui, sinon une société de services à rémunérer, se chargera de l'hébergement, de l'achat et du contrôle des repas, des inscriptions, de la perception des frais, etc. ? Qui est volontaire -et bénévole?

Cerisy a son charme : l'isolement du groupe et les intéressants phénomènes qu'il génère (les âmes en peine, les loustics), sans parler de la beauté du château, des renfoncements du parc ombreux et du vent sur les routes. On va à Grandville, on prend des bains ; c'est très amusant de voir l'Université en maillot de bain : P. 1ère classe, P. 2° classe, MCF 1ère classe, MCF 2° classe, ATER et AMN -plus beaux. Ca change des commissions de spécialistes en sueur et des soutenances. Il y a l'excursion dans le car où l'on chante. En 1984, toute la communauté fervente avait débarqué à Guernesey ; Hugo n'en revenait pas.

D. Gleizes : Pourquoi pas Azay-le-Ferron ?

G. Rosa : L'idée n'est pas mauvaise idée. Mais Cerisy est infiniment plus poétique : la vie n'est pas un roman à Azay-le Ferron.

A. Spiquel : Les dix jours sont-ils de rigueur ? Quand on connaît l'effort énorme que représente l'organisation de trois jours.

G. Rosa : Cette période est un risque et une chance -un défi, dit-on ; on peut être plus modeste et plus prudent -est-ce bien convenable pour Hugo ? Les prix sont élevés (400 à 500F par jour), non pas comparativement à l'hôtellerie classique, mais par comparaison avec les revenus actuels des jeunes chercheurs ou jeunes enseignants. Les étudiants bénéficient d'un tarif spécial et d'un logement moins confortable mais, souvent, plus « festif ». Cela dit, on peut obtenir de l'argent ou en prélever. Est-ce que je manque d'éloquence ou que je fais peur ? vous paraissez peu enthousiastes.

A. Spiquel : Qui ne dit mot consent.

 

Actualités de Victor Hugo : télévision, spectacles, bande dessinée, édition. et vente d'une mèche de cheveu

Les informations sont majoritairement données par A. Laster

 

- France 2 diffuse Les Misérables de Le Chanois, lundi 24 avril dans l'après-midi, pour ceux qui n'auraient pas encore vu cette version [et même pour les autres].

G. Rosa : Les Misérables, la version musicale de Schönberg a été chantée à Lanmeur (Côtes d'Armor) par une troupe d'enfants et d'adolescents, dans la salle polyvalente. Je ne sais quel Drucker, comptait récemment 38 versions de la comédie musicale en ce moment dans le monde, 39 avec Lanmeur.

A. Laster : Ce nombre correspond à peu près à celui des versions cinématographiques.

 

- Quasimodo d'el Paris est diffusé sur le câble le lundi de Pâques.

 

- Disney Channel diffuse Le Bossu de Notre-Dame le jeudi 27 avril. Ce dessin animé a été un très grand succès, avec plus de 11 millions d'entrées en France.

G. Rosa : Il faudrait un colloque " les Victor Hugo du peuple ".

D. Gleizes : Quant au festival de cinéma qui pourrait compléter le colloque d'Orsay, le directeur de l'Institut Louis Lumière à Lyon contacté ne refuse pas l'idée. Discussion sérieuse reportée en juin, après le festival [de Cannes].

 

- Notre-Dame de Paris version Cocciante-Plamondon marche bien, avec une nouvelle distribution, et beaucoup de promotion : tant qu'on ne sait plus bien qui promeut quoi, à moins que ce ne soit l'inverse. La courbe des ventes de Notre-Dame de Paris, de V. Hugo, musèle l'indignation.

B. Abraham : Une nouvelle traduction en néerlandais - très bonne - a été publiée il y a trois mois.

 

- Concert-récital des textes de Hugo le 9 mai, à la Vallée aux Loups.

A. Laster ajoute que, récemment, lors d'un colloque dans le Palatinat, il a appris que les avatars, cinématographiques ou musicaux, de l'ouvre de Hugo s'étaient révélés un excellent moyen d'intéresser les élèves allemands à l'Auteur. Il a lui-même tenté, avec Danielle Casiglia-Laster, de démontrer la nécessité de se reporter au texte original : ces nouvelles versions de l'ouvre proviennent la plupart du temps d'éditions partielles voire de résumés. Les professeurs au moins en ont été convaincus.

 

-La presse a fait un bon accueil à la bande dessinée tirée de l'Homme qui rit [par De Felipe, aux éditions Glénat]. -Abominable ! s'écrie D. Gleizes. Le dessin est " Métal Hurlant " et le choix des épisodes à pleurer.

 

-V. Wallez : S. Raffin et moi-même sommes allés voir le spectacle poétique " Stella "  à la Maison de Victor Hugo le 24 mars dernier, après la séance du groupe Hugo : une comédienne disait les textes, accompagnée par un violoncelliste. Le choix des poèmes n'était pas complètement attendu et le spectacle s'est terminé sur une auto-parodie.

A. Laster : La Maison de Victor Hugo a mis sur pied un programme très intéressant destiné aux enfants, où ils réalisent de petits contes.

G. Rosa : Il faudrait faire, -si Sheila Gaudon ne l'avait déjà fait, objecte J.-M. Hovasse à la grande honte de G. Rosa-, un article sur " le Victor Hugo des enfants " et le Livre des mères.

 

- Les éditions Alexandrines viennent de publier Balades en Val de Marne. A. Laster a contribué à cet ouvrage en présentant deux textes de Victor Hugo : " A Gentilly " et " Choses écrites à Créteil ", sous le titre général : " Victor Hugo, de Gentilly à Créteil : du bonheur entrevu à l'idylle rêvée ".

 

-F. Naugrette : Les Châtiments sont encore au programme des 1ères L. Dans ce cadre, le théâtre du Ranelagh propose, comme l'année dernière, lectures et conférences : les lundi 15 et 22 mai à 20h, par Daniel Mesguish (le 22, conférence de F. Naugrette avant la lecture).

 

-J.-M. Hovasse : Une mèche de cheveu de Victor Hugo (très blanche) vient d'être vendue à Drouot, avec une lettre de Léopoldine à son fiancé, au prix de 10 000F. Elle n'a pas été authentifiée.

 

Question ouverte

A. Laster s'interroge sur les rapports entre le monstre de Han d'Islande et les vampires littéraires antérieurs. Selon une publication récente, les vampires seraient nés à la fin du XVIIIème siècle et en grande vogue au XIXème avec Dracula. Est-ce l'air du temps ou une simple coïncidence ?

J. Acher : Il s'agit d'un topos de la fin du XVIIIème.

V. Wallez : Un livre, Le Vampire, a été publié dans les années 1820. [Serait-ce le mélodrame de Pierre-Frédéric-Joseph Carmouche, paru en 1818 et créé le 13 juin 1820 à la Porte Saint-Martin ?]

[NDGR : Intrigué, je consulte la Chronologie : 4 références entre 1819 et 1822 ; allez-y voir, c'est instructif et Arnaud Laster a parfaitement raison.]

 

Projets de publications, d'expositions et spectacle pour 2002

A. Laster a entendu parler (" Et c'est plus qu'une rumeur ") d'un projet de numérisation de la correspondance de Hugo, mené par Sheila et Jean Gaudon.

G. Rosa : S'agit-il de la numérisation des manuscrits originaux ou de leur transcription en texte?

Mais comment juger de l'importance de Hugo dans les années à venir ? La résurgence de ces dernières années était imprévisible. Cependant, il y quelques signes d'intérêt pour Hugo et pour le bicentenaire. Par exemple le projet de publication par Maisonneuve et Larose d'un ouvrage sur Victor Hugo et l'Orient. Les responsables ont déjà fait appel à A. Laster et à F. Laurent (A. Laster approuve). La réponse de Cerisy ou l'accueil du musée d'Orsay sont d'autres signes favorables. Et les trois biographies annoncées. Il ne s'agit plus pour nous que de savoir ce que nous voulons faire et de le faire.

 

D. Gleizes : La Bibliothèque Nationale organise une exposition pour 2002 sur " Victor Hugo et les voyages ", qui aura pour base les dessins, mais sans s'y limiter.

De son côté, la Maison de Victor Hugo organise du 12 octobre 2000 au 5 janvier 2001 " Du chaos dans le pinceau, Victor Hugo, dessins ".

A. Laster : Il s'agit d'une citation des Misérables.

D. Gleizes : Dans le chapitre " Waterloo ".[" Pour peindre une bataille, il faut de ces puissants peintres qui aient du chaos dans le pinceau. Rembrandt vaut mieux que Vandermeulen. " in Les Misérables, II, 1, V, Roman II,  « Bouquins », p. 242]

 

(Parenthèse

V. Wallez : A propos de Waterloo, question soumise au groupe : quel est le Hugo (sans prénom) que l'on cite comme faisant partie de l'état-major de Napoléon, sachant que ce n'est pas Léopold ?)

 

A. Laster : L'exposition de la Maison de Victor Hugo est réalisée en collaboration avec le musée Thyssen de Madrid. Elle doit d'abord être présentée en Espagne.

L'exposition " Hugo et le théâtre " est en préparation. Le musée d'Orsay aurait refusé l'idée d'une exposition.

 

V. Wallez : " Scoop " : Aurélien Recoing dit qu'il souhaite monter Cromwell dans la cour d'honneur d'Avignon, intégral. On lui signale que ça tombe bien. Mais il n'avait pas du tout pensé à l'occasion que peut représenter le bicentenaire. Il compte sur les lumières des uns et des autres pour nourrir son travail. Il ne serait pas inutile qu'il connaisse l'état d'avancement du projet de Jean-Louis Benoit.J'ai relu la pièce : certaines scènes comportent 40 personnages à la fois ! Existe-t-il une édition critique ?

G. Rosa : De la préface, tant qu'on veut, mais pas de la pièce.

V. Wallez : Elle a été distribuée en 1927 à la Comédie-Française, mais pas montée. Elle a été jouée en 1956, puis en 1971, par la troupe de Jean-Louis Martinelli en Bourgogne. Pendant l'exil, Hugo aurait envisagé de monter une version abrégée de sa pièce, peut-être en Belgique.

 


Communication de Arnaud Laster : L'individualisation des personnages par leur langage dans le théâtre de l'exil de Hugo (voir texte joint)


Discussion

 

B. Abraham : Au risque de sortir de votre sujet, j'aimerais avoir un éclaircissement à propos de l'analyse bakhtinienne que l'on peut faire de Rousseline et Glapieu. Ils ont en commun ce que Bakhtine appelle un discours carnavalisant, qui individualise les personnages et en même temps opère un démontage, un " découronnement ", de leur personnalité. Comment rendre compte avec ce concept, qui semble pertinent, de l'identité de ces deux discours comme de leur différence (car Glapieu est " découronné " quand Rousseline ne l'est pas)?

A. Laster : Au bout du compte, ils sont tous les deux " découronnés ", mais de façon différente.

B. Abraham : Le problème est précisément cette différence et les rapports qu'entretiennent leurs discours respectifs avec l'idéologie.

A. Laster : De quelle(s) obsession(s) Hugo a-t-il voulu se libérer ? [allusion à une note, très énigmatique, d'un carnet où Hugo écrit, en substance, qu'il a fait Mille francs  pour se débarrasser d'une obsession]

 

F. Naugrette : Dans tous les exemples que vous avez donnés, Glapieu surtout, on entend bien une certaine proximité avec Brecht, établie par cette " distanciation ".

A. Laster : Gignoux a fondé ses travaux sur ce constat.

G. Rosa : Mille francs de récompense et l'Intervention font exception dans la production théâtrale de Hugo : ce sont des pièces " romanesques " (qui fonctionnent comme des romans) parce qu'elles se déroulent sur une certaine durée (celle d'un roman pour la première, trop longue au regard du tempo dramatique, d'une nouvelle pour la deuxième, trop brève) et sont fondées sur des effets de quotidienneté réaliste.

A. Laster : La Grand'Mère en fait partie.

F. Chenet : Ces pièces ne fonctionnent-elles pas comme des comédies à la façon de Plaute ou d'Aristophane ? Hugo a écrit Les Misérables en travaillant à partir de Plaute.

F. Naugrette : Effectivement, ces pièces font allusion à des réalités contemporaines très précises, comme la bâtardise.

G. Rosa : Le problème de l'individualisation se complique si l'on utilise la notion de " type ", que Hugo mentionne dans William Shakespeare. Une pièce de théâtre est fondée sur la mise en rapport d'une situation et d'un caractère ; le plus souvent, ils convergent ; le théâtre de Hugo les met en contradiction. Si les personnages sont en contradiction avec la situation, que devient leur individualité, et que devient le " type " ?

V. Wallez : Les personnages hugoliens, effectivement en décalage, ont permis d'introduire un regard introspectif brechtien, sans le savoir. Ils portent un regard critique sur la situation comme sur leur propre personnalité. Ils deviennent matière à creuser pour les acteurs. Ce ne sont pas des personnages plats ; et leur complexité grandit dès lors qu'ils sont plus proches de Hugo. Contrairement aux personnages symboliques ou aux adjuvants de l'action, qui n'existent que par ce qu'ils représentent ou par leur fonction, ces personnages permettent plus facilement la projection.

G. Rosa : La mise en opposition du caractère et de la situation rend autonome le discours des personnages, d'où cette impression d'individualisation par la parole dans le théâtre de Hugo.

D. Gleizes : De même, on peut relire grâce à la notion d'opposition de la fonction et du caractère la présence de ce vers racinien dans le discours de la reine : il renvoie à une fonction quand la suite du discours relève de l'intime.

 

G. Rosa : Sans vouloir trop défendre ma thèse -qui est d'ailleurs celle d'Annie plus que la mienne-, j'observe que les exemples d'incapacité à parler de la reine ou de Blanche thématisent celle de l'auteur à les faire parler. A-t-on des exemples masculins du même défaut de parole ?

A. Laster : Oui, Homodei, en situation. G. Rosa : C'est différent : ni la Reine ni Blanche n'agonisent ; mais leur être est cette parole impossible. 

V. Wallez : Dans L'Intervention, Gombert n'est pas loin du même schéma.

 

A. Laster : L'exemple d'Etiennette montre l'enchevêtrement des discours, celui du personnage de la mère et celui de l'auteur Hugo s'adressant à Léopoldine qui va épouser Vacquerie et à Adèle qui va épouser Pinson.Il s'agit ici du Hugo que nous imaginons. De même, Glapieu n'est pas entièrement Hugo, mais une partie de sa personnalité.

F. Chenet : Hugo se donne à lire à travers quatre grandes modalités, Hiéro, Olympio, Hermann et Maglia. [allusion à une note d'un carnet]

G. Rosa : Et le plus curieux est que ces personnages n'ont que peu d'existence littéraire ou sont inaboutis. D'ailleurs, les formes inabouties chez Hugo ou les échecs offriraient un beau sujet de thèse. Il y en a plus qu'on ne croit, du Journal de ce que j'apprends chaque jour au Théâtre en liberté en passant par l'écriture philosophique. Hugo est aussi un chercheur de formes

V. Wallez : Hugo ne dit-il pas que " le génie lyrique " est " être soi ", " le génie dramatique ", "être les autres " ? A chaque fois, Hugo est dans tous ses personnages.

G. Rosa : Inversée, la proposition fonctionne encore mieux : " Ah ! insensé, qui crois. "

F. Chenet : Lors du procès contre Les Burgraves, Hugo a dû se défendre d'avoir mis dans la bouche d'un de ses personnages des propos antisémites et il a pour l'occasion tenté de clarifier cette distinction auteur/personnage. On peut se reporter à l'édition chronologique de Jean Massin, année 1843 (tome 6).

S. Desvignes : On peut faire un parallèle entre Rousseline et Glapieu : chacun a la capacité d'imposer le sens d'un mot, le premier par sa position sociale, le deuxième précisément par son statut d'exclu. Glapieu est le seul personnage à dire la vérité du langage, comme Hugo lui-même, qui se trouve dans la même situation d'exclusion quand il écrit. D'une manière générale, la présence d'un personnage, parfois d'un héros, extérieur à l'action dramatique et la commentant est sans doute l'un des caractères capables de définir l'originalité du Théâtre en liberté. Car elle entraîne plusieurs conséquences ou a plusieurs implications structurelles importantes.  Avant l'exil, les monologues de Charles Quint, de Cromwell, de don César anticipent, mais brièvement, cette sortie de l'action principale.

V. Wallez : Les personnages de Hugo s'absentent d'eux-mêmes et par là peut-être ont la maîtrise du langage. Quand ils sont tout entiers dans l'action, cette distance disparaît, entraînant la disparition parallèle du langage.

   

Prochaine séance : Le samedi 20 mai, communication de C. Gryner « Le temps dans Les Contemplations ».

 Sandrine Raffin


Equipe "Littérature et civilisation du XIX° siècle", Tour 25 r.d.c., Université Paris 7, 2 place Jussieu, 75005 Tél. : 01 57 27 63 68. Bibliothécaire : Mle Ségolène Liger.