ANGELO, TYRAN DE PADOUE

 

Mise en scène de Christophe Honoré

 

Avec  Martial di Fonzo Bo (Angelo), Emmanuelle Devos (Catarina), Clotilde Hesme (Catarina), Julien Honoré (Homodei), Anaïs Demousstier (Daphné)

Décor : Samuel Deshors, Lumière : Rémy Chevrin, Son : Valérie Deloof

 

En tournée, du 12 au 15 janvier 2010 à la Comédie de Reims, du 20 au 22 janvier à la Coursive, la Rochelle, du 27 au 30 janvier à la Maison des Arts de Créteil, du 4 au 6 février au Carré Saint-Vincent d’Orléans, du 17 février au 20 février au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, du 9 au 11 mars au Théâtre de Lorient, etc…

 

Il m’a semblé que l’Angelo donné cet été à Avignon était une vraie et importante réussite. Outre le talent des différents artistes qui y ont contribué – les acteurs et surtout les actrices, mais aussi les créateurs du décor, des lumières et du son, Christophe Honoré y invente, après Vilar et Vitez, une nouvelle forme scénique, efficace et juste, pour le théâtre de Hugo, voire pour tout le théâtre romantique. Elle repose sur la convergence de trois éléments : un principe de transposition, une esthétique scénique et un mode d’élocution. Ici l’univers dangereux du gang classique, libérateur d’énergies et grand consommateur de vies, transgressif et strict, vaut pour l’ancienne Venise, délicieuse et délétère, et le monde des parrains n’est pas moins « princier et domestique » que celui des "Dix" ; sur un plateau immense et vertigineusement élevé, occupé en totalité, la scène à compartiments assume l’unité d’un espace fractionné en localisations diverses et compose l’enfermement avec la grandeur ; une diction naturelle sans familiarité, décalée mais non distanciée, élève l’émotion. Avec cela, quantité de trouvailles, l’usage du micro, par exemple, qui souligne et absorbe à la fois les moments où la parole du personnage s’adresse au spectateur et non plus à son interlocuteur, et une lecture de Hugo généralement exacte mais parfois perspicace : il y a dans le tyran terrible autant de grotesque que dans les canailles en guenille et Honoré sait, à moins qu'il ne l'ait deviné, qu'en première rédaction "la mort d'Homodei, au lieu d'être en récit était en action".

Bref, cet Angelo, sans même tenir compte de sa qualité artistique, m’a semblé valoir nos commentaires, pour le moins, et mériter, ne fût-ce qu’à ce titre, de figurer au milieu d’eux sur ce site. C'est également vrai de l'interview qu'on a joint, donné le 10 février 2010 à France Culture dans la série des Mercredis du théâtre de J. Gayot.

 

Je remercie Christophe Honoré d’avoir ajouté à son autorisation, avec une générosité déconcertante, la mise à disposition de la vidéo du film réalisé, pour France Télévisions, par Dominique Thiel. Matériel de travail, elle comporte une incrustation de chronométrage qu’on oublie vite et qui nuit moins à la qualité de l’image que la limitation de sa dimension exigée par la transmission sur Internet. Le film est découpé selon les trois journées du texte pour accélérer son chargement qui, même ainsi, peut demander à chaque fois quelques minutes.

G. R.